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L’invasion des applications anti-bouchon

En dirigeant une partie du trafic sur des routes secondaires, l’application Waze perturbe les riverains des villes traversées et les élus locaux.

Avec 10 millions d’utilisateurs en France, l’application Waze a réalisé une percée fulgurante sur le marché de la recommandation d’itinéraire. L’accès aux données de trafic en temps réel et le partage d’informations entre utilisateurs ont relégué nos GPS dans les fonds de tiroirs. Car cette application communautaire – rachetée par Google en 2013 – ne se contente pas de nous faire arriver à destination. Elle nous conseille l’itinéraire le plus rapide, quitte à emprunter des chemins de traverse.

Déjouer le trafic et les embouteillages

Pare-choc contre pare-choc. Les travaux ont congestionné l’autoroute. La file de voiture s’étend à perte de vue. Alors que vous vous demandez comment vous allez réussir à endurer les prochaines heures à l’arrêt dans votre voiture, votre téléphone vous envoie un message d’espoir. Un détournement par des voies secondaires pour éviter la congestion, qui selon l’application vous fera gagner du temps. Ni une ni deux, vous voilà sur une bretelle de sortie, avec une vingtaine d’acolytes automobilistes eux aussi vraisemblablement adeptes de l’application communautaire Waze. Débute alors une virée bucolique sur des routes départementales, avec ses traversées de village-rue en zone 30, ses passages piétons et autres dos-d’ânes comme autant d’embûches semées sur votre trajet.

Des scènes comme celles-là se multiplient à proximité des axes routiers fréquentés.

« Quand je vois débouler 30 voitures dans les petites rues du centre-ville à fond, je me dis qu’elles doivent toutes avoir Waze ! Mais ça crée des situations dangereuses car les rues ne sont pas prévues pour ça. » peut-on lire sur un forum de riverains agacés.

Sauf riverains

Car un problème surgit lorsqu’un véritable flux est renvoyé vers ces petites routes, aux heures de pointe. C’est ce qu’a expérimenté la ville de Lieusaint en Seine et Marne. Le centre-ville de la commune de 12.000 habitants située à proximité de la Francilienne était devenu un itinéraire de contournement pour les usagers de l’application Waze, créant un engorgement des rues, au beau milieu de quartiers résidentiels. Le maire a donc décidé de lutter, avec ses armes. Il a fait installer des feux de circulation et a modifié le sens de circulation de certaines rues pour créer des sens uniques. L’objectif ? Rendre l’itinéraire moins efficace pour l’algorithme. Mais il n’en est pas resté là. Il a également exigé la prise de mesures de la part de la start-up afin de modifier l’itinéraire de délestage qui causait tant de désagréments dans sa commune. C’est maintenant chose faite. L’itinéraire bis proposé par Waze aux heures de pointe passe toujours par le territoire de Lieusaint, mais sur des voies départementales et non plus des quartiers résidentiels. Le trafic aurait diminué de moitié depuis ces changements indique le maire, qui invite les autorités publiques à suivre son exemple pour « marquer leur territoire » confiait-il à BFM.

D’autres villes lui emboitent le pas. Arrêtés municipaux pour interdire l’accès à certaines rues aux heures de pointe, ralentisseurs, réduction de la vitesse autorisée, sont des solutions explorées en France comme ailleurs pour tenter de dompter l’algorithme.

Organiser le dialogue

Les conséquences des algorithmes sont une opportunité d’ouvrir le dialogue entre élus locaux, usagers et opérateurs de services de mobilité.

Quelles options sont offertes aux pouvoirs publics ou aux habitants d’une commune devenue itinéraire recommandé par Waze ? A qui peuvent-ils s’adresser dans l’espoir de juguler le danger, et retrouver la quiétude ?

Éclairer les principes directeurs de l’algorithme apparaît comme une première étape pour envisager de travailler main dans la main. Car disposer des règles du jeu, connaître les paramètres pris en compte dans les calculs, offrirait la possibilité d’en valider la cohérence avec le plan de circulation mis sur pied par la collectivité. Mais les modalités de cette collaboration restent à inventer.

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