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Comment mieux gérer les heures de pointe ?

Coût exorbitant pour les collectivités, pollution, stress et retard pour les usagers… Autant de lourdes conséquences provoquées par la congestion des routes et des transports en commun aux heures de pointe. Le lissage de ces pics de trafic est un enjeu majeur.

C’est un scénario commun à toutes les métropoles : des embouteillages à rallonge, des transports en commun bondés et des usagers au bord de la crise de nerfs. L’engorgement routier et la saturation des transports en commun aux heures de pointe ont aussi un coût élevé pour les collectivités et l’environnement.

En Europe, la congestion routière coûte 100 milliards d’euros par an et représente en moyenne 40 % de temps perdu sur un trajet d’une heure.

Incitation au changement

De nombreuses initiatives ont déjà été mises en place pour tenter de désengorger les transports aux heures de bureau : l’élargissement des voies routières, la réduction de la vitesse sur les grands axes, le covoiturage, le développement de l’offre de transports en commun…

Ces actions, bien que bénéfiques pour l’environnement, ont en réalité peu d’impact sur l’engorgement. Un seul recours dès lors, celui de réussir à lisser les heures de pointe. C’est-à-dire à étaler le trafic sur une plage horaire plus grande.

 « Les politiques publiques de transport sont très coûteuses et on attend de ces projets un report modal massif de la voiture vers les transports en commun. Or les études montrent que ce n’est pas vraiment le cas. Le volume de déplacements en voiture reste très important. On réfléchit donc à des mesures moins coûteuses. C’est le cas du lissage des pics d’affluence qui nécessite principalement de bien communiquer et d’inciter les usagers », explique Dany Nguyen-Luong, directeur du département Mobilité transports à l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région Ile-de-France.

Payer plus cher aux heures de pointe

Pour inciter les usagers à changer leurs horaires, l’argument financier a fait ses preuves.

La mesure se nomme « tarification dynamique temporelle » : le prix d’un ticket de métro ou de péage est plus cher aux heures de pointe qu’aux heures creuses. Dans le métro de Washington, vous payez ainsi 2$ en heures creuses et 2,25$ en heures de pointe. A Stockholm, la mise en place d’un péage urbain où vous payez plus cher votre entrée dans la ville à certaines heures a permis de réduire de 18% le trafic dans le centre-ville et les émissions de CO2 ont baissé de 18%. Toutefois, ces mesures pénalisent plus lourdement les usagers les plus défavorisés qui sont aussi ceux qui disposent souvent de moins de flexibilité dans leurs horaires de travail.

La récompense pour changer les comportements

La « gamification » c’est-à-dire le jeu est aussi un bon outil de promotion des changements d’horaires.  Pour fluidifier le trafic aux heures de pointe, chaque usager reçoit des points s’il prend les transports publics en dehors des heures critiques et s’il recommande à ses amis de faire de même. Ces points accumulés lui permettent d’obtenir des récompenses : trajets gratuits, participation à une loterie… Testé dans la ville indienne de Bangalore, le temps de trajet en heure de pointe est passé de 70 à 50 minutes en quelques semaines.

Le péage positif ou péage inversé s’adresse quant à lui aux automobilistes. Via sa filiale BNV Mobility basée aux Pays-Bas, le groupe Egis a été le premier à développer ce concept à Amsterdam, Rotterdam et Utrecht. Lorsque l’automobiliste n’utilise pas son véhicule aux heures de pointe, soit en différant son trajet, soit en ayant recours aux transports en commun ou à la mobilité douce (covoiturage, vélo…) il se voit gratifié d’une somme de 3€ sur son compte en banque ou de 3,50€ sur sa carte de transport. « C’est basé sur la théorie du nudge ou coup de pouce. Chaque individu a besoin d’une récompense pour changer ses habitudes. Il faut réussir à optimiser les infrastructures existantes et le péage positif n’est pas coûteux. Surtout, on constate un an après l’arrêt du programme que 80% des participants actifs ont basculé vers un nouveau schéma comportemental. En évitant les heures de pointe ou en devenant un usager multimodal », détaille Elena Umanets, chargée du développement des services innovants à la mobilité chez Egis.  Pendant l’expérimentation du péage positif à Rotterdam, le trafic aux heures de pointe a été réduit de 5 à 10%. Couplée au télétravail, la solution du péage inversé s’avère plus pérenne et efficace.

Bien-être accru, diminution du stress, économie d’argent et de temps, les changements de mode de transport ou d’horaires entraînent de nombreux avantages pour les usagers. Mais les entreprises ne sont pas en reste. Les retards et l’absentéisme diminuent eux-aussi, tandis que les salariés travaillent dans des conditions qui favorisent leur productivité.

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