Previous Next

Faut-il réinventer les services de taxis ?

Au début de l’année 2019, la grève des taxis madrilènes a provoqué une incroyable baisse du trafic automobile dans la capitale espagnole. Un phénomène qui tend à nous inciter à renouveler nos modèles de mobilité.

Et si la solution pour décongestionner les centres-villes revenait tout simplement à supprimer les taxis ? L’idée est bien trop radicale mais la réflexion sur une nouvelle législation de leur circulation semble indispensable à mener. Surtout au vu du récent épisode madrilène. En janvier dernier, à Madrid, les chauffeurs de taxis se sont mis en grève pendant quinze jours pour protester contre les VTC. Deux modèles de transport individuel de passagers que tout oppose. Que ce soit en matière de prix pratiqué, de droit du travail ou d’expérience pour les passagers.

11% de trafic en moins

Mais cette grève des taxis madrilènes a surtout provoqué une impressionnante baisse du trafic dans la ville espagnole. Durant ces deux semaines de protestation, la circulation à Madrid a diminué en moyenne de 11% par rapport à la même période en 2018. Soit 80 véhicules en moins par heure. Dans l’hypercentre, jusqu’alors fermé aux non-résidents mais accessible aux taxis, la diminution du trafic a été encore plus visible avec 20% de véhicules en moins par heure. Comment expliquer un tel phénomène, alors que dans la capitale espagnole il y existe un peu moins de 15 700 licences de taxis, qui ne circulent pas tous les mêmes jours, et qu’environ un million de véhicules parcourent la ville quotidiennement ?

54% des trajets des taxis s’effectuent à vide

Dans le quotidien El Pais, David Lois, chercheur au Centre de Recherches du Transport de l’Université Polytechnique de Madrid, explique : « Le déplacement moyen aller-retour d’un particulier en voiture est de 25 kilomètres. Mais les taxis, eux, font un peu plus de 200 kilomètres par jour. Ils multiplient par 10 les trajets d’un particulier ». La raison : ils quadrillent la ville, sans s’arrêter, à la recherche de clients potentiels. En 2017, une étude du Bureau des Services de Taxi de la mairie de Madrid a ainsi révélé qu’un conducteur de taxi réalise en moyenne 208 kilomètres par jour… dont 54% effectués à vide. Des trajets « inutiles » qui polluent et congestionnent les villes.

Selon cette même enquête, 60% des taxis madrilènes n’utilisent aucune application pour trouver des clients. Au contraire des VTC qui, grâce aux commandes en temps réel, engorgent moins les rues, même si eux aussi circulent à vide puisqu’ils ne disposent pas de stations appropriées. Le fait que 44% des taxis madrilènes n’utilisent pas les stations qui leur sont dédiées contribuent d’ailleurs grandement à l’engorgement du trafic.

Démocratiser les applications pour commander son taxi

Ce fonctionnement obsolète est avant tout préjudiciable pour les taxis, qui perdent un temps infini à quadriller la ville à vide, gaspillant leur carburant et donc leur argent. Plusieurs solutions existent pour remédier à ce non-sens. Tout d’abord, s’appuyer sur les nouveaux outils numériques et démocratiser le système d’applications pour commander un taxi. Comme c’est le cas avec MyTaxi en Espagne, qui permet d’optimiser leurs trajets, de décongestionner le trafic et de moins polluer. En France, G7, leader des commandes de taxis a, de son côté, développé sa propre application sur le modèle des plateformes VTC. Résultat : elle représente aujourd’hui 45% des 50 000 commandes enregistrées chaque jour par G7 en France. Les applications Allocab et Tako se sont elles aussi lancées à l’assaut des taxis. L’idée d’une application commune à tous les taxis serait sans doute la solution appropriée.

New-York gèle les licences VTC

L’augmentation des stations de taxis représente une autre alternative pour réduire la circulation inutile et limiter la congestion et la pollution. Comme le fait d’interdire l’entrée à l’hypercentre des taxis vides. En autorisant son accès seulement à ceux qui ont été réservés. « Il faut réguler le temps passé par les taxis en circulation, c’est le seul moyen de réduire la congestion. Et cela ne pourra se faire qu’avec la mise en place de plus de stations et en incitant les passagers à les commander via des applications ou par téléphone », insiste David Lois.

Et le problème s’applique d’ailleurs également aux VTC. La ville de New-York a ainsi constaté que le boom du transport à la demande avec chauffeur était une des principales raisons des embouteillages qui paralysent de plus en plus la ville. Afin d’y remédier, depuis l’été 2018, elle a légiféré et décidé de geler les délivrances de licences à de nouveaux chauffeurs Uber et Lyft. Une décision censée favoriser la mobilité multimodale.

Ainsi, la grève des chauffeurs de taxis madrilènes a surtout permis de remettre au goût du jour une évidence. Une augmentation de 60% des utilisateurs de transports en commun sur la période, rien de tel pour réduire drastiquement le trafic automobile d’une ville.

Share this article

There are no comments.

Add a comment

*Mandatory fields