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L’illettrisme numérique ou comment se déplacer sans smartphone

illestrisme numérique

6,7 millions de Français ne se connectent jamais à Internet. A l’ère de la dématérialisation, quelles solutions existent pour les accompagner vers la mobilité ?

Souvenez-vous, il y a encore 15 ans, il suffisait de parler à un guichetier pour acheter un billet de train. Les tickets de bus s’achetaient à bord ou au bureau de tabac. Les compagnies aériennes se chargeaient d’imprimer nos cartes d’embarquement. Nul besoin d’être un digital native pour effectuer ces gestes du quotidien.

Aujourd’hui, à l’ère du tout numérique, de nombreuses personnes se retrouvent en marge de la société. Ce sont les illettrés du numérique, incapables d’utiliser un ordinateur, une tablette, un smartphone ou encore une borne automatique. Selon une étude réalisée par France Stratégie, loin d’être un phénomène marginal, l’illectronisme touche 13 millions de Français, soit 28% de la population des plus de 18 ans.

Qui sont-ils ? Fatalement, on retrouve parmi cette population les 2,5 millions de personnes touchées par l’illettrisme. Mais aussi les personnes âgées, souvent dépassées et peu familiarisées aux évolutions technologiques. Les retraités représentent ainsi 62% de l’illettrisme numérique.

Une mobilité nulle

Comment alors se déplacer, quand acheter un ticket de bus, de train ou payer un parking relève du parcours du combattant ? « Les personnes touchées par l’illectronisme sont très peu mobiles géographiquement. Elles ne sortent pas de leur zone de confort, relate Hervé Fernandez, directeur de l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI). Elles ont besoin de se faire aider pour préparer leur déplacement. Le problème, c’est que ces personnes vont avoir tendance à cacher cette difficulté parce qu’elles en ont honte. » Un blocage qui entraîne des situations de repli sur soi et d’isolement.

Pour un numérique inclusif

Trois piliers sont primordiaux pour enrayer ce cercle vicieux : détecter, informer, former. « Pour permettre l’inclusion numérique, il faut un accompagnement humain pour faire les démarches à leur place ou simplement guider », préconise Florence Gilbert, directrice de l’association Wimoov. Car sans accompagnement, ces personnes sont en situation d’incapacité. « matérialiser permet aux entreprises et aux administrations de réaliser de grosses économies, ajoute Hervé Fernandez. Ce que l’on demande c’est de réinvestir une partie de ces économies dans de l’accompagnement physique et humain pour les plus démunis. »

En septembre dernier, le secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, a lancé le Plan national pour un numérique inclusif. Objectif : accompagner et former 1,5 million de personnes au numérique chaque année. Pour y parvenir, l’Etat va débloquer 5 millions d’euros à destination des acteurs locaux de l’inclusion numérique.

Un plan national qui s’ajoute au Pass Numérique : un chéquier sur le modèle des tickets-restaurant. Grace à ces dix chèques de 10 euros, les personnes en situation d’illectronisme pourront suivre des formations au numérique au sein de Maisons de Services Au Public (MSAP) et des Espaces Publics Numériques (EPN). 

La technologie au secours de l’illectronisme

Autre piste de réflexion pour rendre la mobilité accessible au plus grand nombre : développer le recours aux visuels, aux pictogrammes, aux codes couleurs dans les gares, stations de tramway…

Paradoxalement, les nouvelles technologies offrent aussi des solutions efficaces : grâce à la voix, l’écrit n’est plus une barrière. Pour Florence Gilbert, la conception des outils numériques de mobilité doit se faire avec les personnes touchées par l’illectronisme : « Comme pour la télécommande, si on crée des outils accessibles aux moins agiles, on aura gagné la bataille contre l‘exclusion numérique. »

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