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Implantation des entreprises : quand l’accès au transport devient stratégique

stratégie implantation entreprise

La mobilité des salariés reste encore trop peu prise en compte dans la stratégie d’implantation des entreprises. Mais face aux difficultés de mobilité, les mentalités commencent à évoluer.

Transport de marchandises, réduction des coûts de livraison, déplacements professionnels, déplacements domicile-travail des salariés… La question de la mobilité est devenue indispensable au fonctionnement des entreprises, qui doivent être efficacement connectées à tous les territoires. Afin d’assurer leur bon développement, l’un des enjeux stratégiques relève du choix de leur implantation géographique. Mais comment concilier soucis logistiques et mobilité des salariés ?

Un critère d’implantation secondaire

Pour les entreprises des secteurs de l’industrie, du commerce de gros, de la logistique ou du transport, la mobilité des salariés reste encore un critère secondaire dans leur stratégie d’implantation. Dans un souci économique et organisationnel, elles favorisent une localisation en zone périurbaine avec une priorité sur l’accessibilité des infrastructures : autoroutes, voies rapides, aéroport… La proximité des sous-traitants mais aussi le prix et la disponibilité du foncier comptent parmi les principaux critères. Les territoires périurbains permettent de répondre aux besoins des entreprises fortement consommatrices d’espaces mais aussi d’envisager des possibilités d’extension. Le tout à un prix bien moins élevé qu’aux alentours des grandes métropoles.

Problèmes de recrutement

Mais ces zones éloignées sont très mal desservies en transports en commun. Un problème à l’heure où les salariés aspirent de plus en plus à vivre en centre-ville. « Dans la stratégie d’implantation, la question de la mobilité des salariés se pose peu car on considère depuis longtemps qu’ils peuvent avoir accès à l’emploi grâce à la voiture, explique Patricia Lejoux, chercheur au Laboratoire Aménagement Economie Transport à l’Université de Lyon. Mais elles découvrent les problèmes de mobilité de leurs salariés après-coup. Elles se rendent compte qu’elles sont dans des territoires périurbains faiblement peuplés. Leur bassin de main d’œuvre est donc assez large et les déplacements peuvent être importants pour les salariés. Elles peuvent rapidement être confrontées à des problèmes de recrutement et de turn-over parce qu’elles n’ont pas anticipé ces questions-là. »

Prise de conscience

Face à ces problèmes de mobilité, certains salariés n’hésitent pas à abandonner leur emploi ou à en changer. « Sur le projet Aéroville (centre commercial de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle), ils ont fait un recrutement sur six mois et ont recruté 4000 personnes. Quatre mois plus tard la moitié était partie notamment à cause de difficultés de mobilité », rapporte Carole Uzan, chargée de mission Urbanisme Aménagement Transport à la CCI du Val-d’Oise et en charge du plan de mobilité d’Aéroports de Paris.

Problèmes de recrutement, retards, accidentologie, fatigue, stress… la mobilité des salariés pèse sur le bon fonctionnement de l’entreprise. Face à ce constat, une prise de conscience s’opère. « Aujourd’hui les entreprises prennent en compte la mobilité des salariés avant de s’implanter car elles n’arrivent pas à recruter, soutient Carole Uzan.

Des solutions fleurissent

Le temps où des navettes passaient de villages en villages pour récupérer les salariés de l’industrie est aujourd’hui bien loin. Mais les entreprises s’évertuent à trouver des solutions : réflexion sur l’accessibilité des transports en commun avant de s’implanter, mise en place du covoiturage, adhésion à des plans de déplacements inter-entreprises, recrutement de proximité favorisé, prise en charge de l’abonnement transports en commun… « Certaines entreprises vont même jusqu’à proposer des logements proches du lieu de travail à leurs salariés avant de s’implanter », indique Carole Uzan.

Le télétravail : une solution d’avenir ?

Si les solutions fleurissent, l’une d’entre apparaît comme la plus efficace afin de concilier une implantation idéale et le bien-être des salariés : le télétravail. « Si les entreprises, réticentes à l’origine, cèdent sur ce point-là c’est vraiment pour conserver leurs salariés, assure Carole Uzan. Elles n’ont plus vraiment d’autres choix. Alors, même si l’entreprise y vient par dépit, je suis persuadée que dans une vingtaine d’années la pratique sera démocratisée. Les bureaux seront plus rares et les entreprises feront des économies conséquentes. A cela s’ajoute la productivité accrue pour les salariés qui travaillent chez eux.

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