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Jacqueville, la ville ivoirienne qui parie sur la mobilité solaire

En s’équipant de voiturettes solaires, la ville de Jacqueville en Côte-d’Ivoire est une pionnière en matière de mobilité propre. Et n’entend pas s’arrêter là pour améliorer la mobilité de ses habitants.

C’est une grande première dans l’histoire de la Côte-d’Ivoire. Jacqueville, presqu’île située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de la capitale Abidjan, est la première ville du pays à avoir lancé le taxi solaire. Pour remplacer les bruyants et polluants taxis-brousse ou « wôro-wôrô », souvent vétustes, en janvier 2018, Joachim Beugré, maire de la station balnéaire, fait le pari d’une toute nouvelle mobilité. Il décide d’implanter deux voiturettes à trois roues qui fonctionnent grâce à un toit couvert de panneaux photovoltaïques alimentant 6 batteries de 12 volts. Longs de 2,7 mètres et hauts de 2 mètres, ces triporteurs écologiques, pouvant transporter jusqu’à 4 personnes, circulent jusqu’à 50 km/h et ont une autonomie moyenne de 140 km.

Plus rapides, plus écologiques, plus économiques

Une petite révolution qui fait sensation. Grâce à ces voiturettes solaires, les courses sont moins risquées, plus rapides et plus économiques. Un trajet coûte seulement 100 francs CFA. Deux fois moins cher que pour une course traditionnelle en taxi-brousse. Fort du succès rencontré, Jacqueville décide donc de poursuivre sa mutation. Une dizaine de triporteurs solaires circulent désormais dans ses rues et sont utilisés quotidiennement par 500 à 1000 personnes. Ces taxis solaires, gérés par une vingtaine de chauffeurs et mécaniciens, sont disponibles de 6 à 22 heures en semaine. Et jusqu’à minuit le week-end.

Après les taxis, un car solaire

La municipalité souhaite d’ailleurs prolonger l’expérience de la mobilité solaire. Pour la rentrée scolaire d’octobre 2019, elle envisage de mettre en circulation un « car solaire » de 22 places. Ce dernier permettra en partie de faire face aux difficultés de mobilité rencontrées par les écoliers, obligés de parcourir des dizaines de kilomètres depuis les villages avoisinant pour se rendre au centre-ville. Une manière d’optimiser une ressource naturelle jusqu’ici peu mise à profit en Côte-d’Ivoire et de montrer l’exemple. Le pays ayant consommé à peine un mégawatt d’énergie solaire en 2018 alors qu’il vise une consommation de 11% provenant des énergies renouvelables d’ici 2020.

Le défi de la mobilité

La mobilité est devenue un enjeu majeur pour Jacqueville. Lieu de villégiature de plus en plus fréquenté par les Abidjannais, la ville, qui accueille 2 à 3000 véhicules supplémentaires le week-end, fait face à une explosion démographique qui nécessite un important développement de ses infrastructures.

En 2015, la construction du pont Philippe-Grégoire-Yacé, qui relie la presqu’île au continent et la place désormais à moins d’une heure d’Abidjan, a ainsi permis de désenclaver la population de la cité balnéaire coincée entre lagune et océan. Une gare routière a également vu le jour l’année dernière. Située à 4 km du centre-ville, dotée d’une station essence et d’un vaste espace pour les mécaniciens, elle a pour objectif de développer le transport intra-communal. De nombreux axes routiers sont aussi en cours d’aménagement.

Mobilité douce face au gaz et au pétrole ?

Mais Joachim Beugré, n’est pas non plus insensible à la mobilité douce. Un paradoxe dans une zone traversée par les pipelines de gaz et de pétrole des compagnies étrangères et qui produit l’essentiel de ces deux ressources en Côte-d’Ivoire. L’ancien journaliste a ainsi déjà planifié l’aménagement d’un vaste plan de pistes cyclables. Car le maire de Jacqueville depuis 2013, réélu pour un second mandat en octobre dernier, parie sur le développement durable pour bâtir une nouvelle ville « écolo-touristique ». Il ambitionne de faire de sa ville un modèle du tourisme vert et la première destination touristique de Côte-d’Ivoire. L’essor de Jacqueville place donc la mobilité au cœur de toutes les préoccupations. Ses voiturettes solaires n’en sont que les prémices et la mobilité propre semble avoir de beaux jours devant elle.

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