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La mobilité des salariés : une priorité pour les services RH ?

Premier motif de déplacement, le transport travail-domicile doit être amélioré.

Prendre en considération la mobilité des salariés n’est plus une question de choix pour les entreprises. Depuis le 1er janvier 2018, les sociétés de plus de 100 salariés sont contraintes sous peine d’amende d’ici un an, de présenter un plan de mobilité pour leurs employés. Celles qui résistent risquent des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait de l’aide technique et financière de l’Ademe, ce qui peut représenter dans certains cas plusieurs millions d’euros. Cette mesure qui entre dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, oblige les services de ressources humaines des entreprises à se pencher sur un volet souvent oublié de la gestion du personnel, à savoir les moyens de déplacement utilisés par les employés pour se rendre sur leur lieu de travail. La direction des entreprises doit en effet inciter ses collaborateurs à modifier leurs habitudes de transport afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et réduire le trafic routier. N’oublions pas que les déplacements domicile-travail et les déplacements professionnels représentent 50% des émissions de CO2 des entreprises. Ils constituent également le premier motif de déplacement (21% des déplacements totaux, suivis par les achats). Enfin, 72% de ces déplacements sont effectués au moyen d’une voiture occupée individuellement.

Varier les plans de mobilité

L’optimisation de la mobilité est donc le mot d’ordre à suivre. Plusieurs possibilités sont envisagées pour y parvenir : covoiturage, autopartage ou vélo électrique sur les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels. Mais d’autres options sont également présentées comme le développement du télétravail ou du coworking proche du domicile des salariés. Cette dernière option connaît davantage de résistance de la part des entreprises, qui craignent de perdre le contrôle sur l’activité de leurs salariés, et redoutent également les contraintes technologiques et juridiques que cela suppose (amplitude horaire, droit à la déconnexion, etc.)

Parmi les solutions de mobilité proposées par les entreprises, l’autopartage semble la plus avancée avec les incitations à l’usage des transports publics, comme le reconnaît Julien Honnart, PDG de la start-up Klaxit, qui développe un service de covoiturage courte distance pour les entreprises et le grand public. « Quand je parle des plans de mobilités aux entreprises, je leur conseille d’oublier l’obligation réglementaire et de voir les possibles bénéfices, nous pouvons apporter un retour sur investissement avec nos solutions », assure-t-il. La mise en place d’un plan permettrait de réduire de 5 à 20% le bilan économique des coûts de mobilité.

Réduire le temps des transports

Reste à convaincre les entreprises les plus sceptiques. Selon une étude de 2017 menée par le Forum Vies Mobiles, think tank sur la mobilité soutenu par la SNCF, la moitié des entreprises sondées ne prennent pas en compte les désagréments provoqués par les déplacements répétés ou longue durée de leurs employés.  Pourtant, ces déplacements liés au travail occupent une place importante dans notre quotidien, avec une moyenne nationale de 50 minutes, et de 1h08 en Ile-de-France. Près de la moitié des personnes passant plus de 35 minutes sur le trajet de leur travail estime ainsi « très important » de réduire le temps de transport.

Selon Bruno Renard, président de la Fédération des acteurs des plans de mobilité (FAPM), « seulement 20% des entreprises concernées ont établi un plan de déplacement entreprise (PDE) ».  Mais certaines d’entre elles redoublent d’imagination pour varier la mobilité de leurs collaborateurs. Schneider Electric incite ainsi, depuis début 2017, ses salariés grenoblois à se déplacer davantage en transport en commun en portant sa participation à 75% du prix de l’abonnement annuel du salarié, contre 50% auparavant. « On veut surtout offrir un mix de solutions de mobilité comme le vélo en libre-service, l’autopartage intersites ou celui proposé en libre-service par la ville de Grenoble. Développer le covoiturage pratiqué aujourd’hui par 3% seulement de nos salariés est également un axe fort », indique Renaud Antoine, directeur du programme de transformation des usages GreenOValley. Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Grenoble montre lui aussi l’exemple en comptant parmi ses 6.000 employés, 30% d’automobilistes, 20% de cyclistes, 45% d’usagers des transports publics et 5% de covoitureurs. Inciter les entreprises à s’intéresser à la gestion des déplacements des salariés, c’est le souhait le plus cher de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT), qui veut placer la mobilité au cœur du débat national.

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