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La Suisse face au défi de la mobilité

La très forte croissance démographique et économique va générer une augmentation élevée du trafic en Suisse sur les vingt prochaines années et pousse les autorités helvètes à développer de nombreuses solutions de mobilité. 

Selon une étude du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), d’ici à 2040, le trafic des voyageurs en Suisse va augmenter de 25% et celui des marchandises de 37%. La raison : une augmentation de la population de 28% sur cette même période ! La Suisse est dans l’urgence d’accroître ses solutions de mobilité. 

La mise en place d’un « Mobility Pricing »?

A commencer par l’amélioration de son réseau routier, souvent congestionné et dont l’extension est rendue difficile par son espace limité, la topographie très montagneuse du territoire et la volonté politique de préserver les paysages. 90% des Suisses sont des pendulaires : 3,9 millions de personnes prennent ainsi quotidiennement la route ou les transports pour se rendre au travail. La Confédération prévoit donc 6,5 milliards de francs d’investissement dans les projets relatifs aux routes nationales et aux agglomérations d’ici 2030. Et entend développer des solutions nouvelles comme l’éventualité d’une autoroute à deux étages à Zurich ou la démocratisation de l’utilisation de la bande d’arrêt d’urgence sur les grands axes aux heures de pointe qui permet d’améliorer la fluidité du trafic et la sécurité. 

Pour mettre fin à la saturation des routes et des trains aux heures de pointe, un projet de « Mobility Pricing » est également à l’étude avec certains cantons. Il s’agirait d’une redevance calculée individuellement en fonction de l’utilisation des transports. Le principe est celui du pollueur- payeur. Une solution qui nécessite néanmoins d’importants moyens technologiques puisqu’elle requiert l’enregistrement des kilomètres parcourus par moyen de transport, lieu et heure. Autres pistes de réflexion : des péages routiers à l’entrée de certaines villes ou une augmentation tarifaire des transports publics aux heures de pointe.

Hausse de 51% du trafic dans les transports publics d’ici 2040

En matière de transports publics, la Suisse fait d’ailleurs figure d’exemple. Un helvète sur deux y est abonné. A Berne, le chiffre monte à 81%. Dans les grandes villes son utilisation est devenue supérieure à celle de la voiture. Et l’histoire d’amour entre les Suisses et les transports publics n’est pas près de s’arrêter car selon l’étude du DETEC son trafic va augmenter de 51% d’ici 2040. Pour élargir son offre de services déjà importante, des navettes de bus autonomes commencent à voir le jour. Depuis 2016, deux navettes sans chauffeur parcourent les rues de Sion du mardi au dimanche, de 13h à 18h, à une vitesse moyenne de 9km/h et peuvent aller jusqu’à 18km/h. Le même prototype de minibus autonome circule aussi depuis cet été à Genève.

Le réseau ferroviaire n’est pas en reste. Chaque jour, 1,26 million de voyageurs prend le train. La Suisse détient d’ailleurs le record du monde de la distance parcourue en train en kilomètre par habitant et par année. Les Chemins de Fer Fédéraux (CFF) est même une entreprise publique qui dégage du profit. Mais face à la hausse du trafic du rail prévue d’ici 2040, notamment pour le fret (+37%), de nombreux aménagements sont prévus avec un plan d’investissement de 6,4 milliards de francs jusqu’à 2025. Le plan Léman 2030 prévoit notamment la modernisation de la ligne Lausanne-Genève, la plus fréquentée de la Suisse occidentale, dont le nombre de passagers devrait doubler d’ici 2030. Le « saut-de-mouton » devrait considérablement fluidifier le trafic. Ce viaduc ferroviaire permet à une voie de passer par-dessus deux autres. Pour les frontaliers, le Léman Express sera mis en service cette année. Ce RER transfrontalier va permettre de connecter entre elles 45 gares dans un rayon de 60 kilomètres autour de Genève. 50 000 voyageurs par jour seront transportés dans une quarantaine de trains et un train circulera toutes les dix minutes.  

La mobilité transfrontalière : un enjeu majeur

Les problèmes de mobilité transfrontière représentent d’ailleurs un enjeu majeur pour la Suisse face à un trafic quotidien toujours plus important. Des discussions sont en cours sur l’éventuelle extension de deux lignes du tramway genevois vers la France ou une solution de mise en route d’un bus à haut niveau de service entre les deux pays. Depuis octobre et pendant un an, une expérimentation unique en Europe est aussi menée au niveau de la douane Thônex-Vallard : une voie de covoiturage binationale. 1km de voie à cheval entre la Suisse et la France réservée aux personnes transportant au minimum 2 personnes dans leur voiture. Objectif : désengorger l’autoroute A411 empruntée par 17000 véhicules chaque jour, limiter l’impact environnemental et surtout tendre à augmenter la capacité moyenne d’occupation des véhicules en Suisse. Et pour inciter les conducteurs à l’utiliser, 5 euros sont déduits de leur abonnement mensuel au télépéage en cas d’inscription.

La mobilité douce est un autre axe de réflexion majeur pour répondre à l’augmentation du trafic. La voie verte transfrontalière du Grand Genève, un axe long de 37km réservé aux mobilités douces est déjà un bel exemple de succès. Mais en septembre 2018, le vélo a changé de statut en Suisse. En effet, 73,6% des Suisses ont voté pour l’introduction du Vélo dans la Constitution. Un plébiscite qui devrait servir à favoriser encore davantage son développement. D’autant que deux tiers des ménages suisses possèdent déjà un vélo et que les ventes de vélos électriques ont doublé depuis 2010. 

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