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Routes solaires : vers la révolution routière ?

autoroute-solaire

Elles commencent à fleurir un peu partout sur la planète. Les hélioroutes promettent d’optimiser la densité du réseau routier avec des avantages indéniables au plan énergétique et environnemental. Mais tout est encore loin d’être parfait.

En Chine, à environ 400 kilomètres de Pékin, la Jinan expressway, première autoroute solaire, a vu le jour en janvier 2019. Un tronçon de deux kilomètres, pavé de dalles photovoltaïques, qui pourrait produire jusqu’à un million de kilowattheures d’électricité par an. Soit, selon son concepteur, l’alimentation de 800 foyers chinois en énergie. Intégrés à la chaussée, les panneaux photovoltaïques sont protégés des véhicules par une couche de béton transparent.
Objectif de cette innovation : ajouter une deuxième fonctionnalité aux routes et collecter de l’énergie renouvelable. Il s’agit du même principe que les panneaux solaires classiques mais qui capitalise sur le réseau routier pour gagner de l’espace, évitant ainsi la destruction de zones naturelles ou agricoles pour produire de l’énergie.

Recharge de voitures électriques

Mieux, cette « autoroute du soleil » est auto-suffisante puisqu’elle permet d’alimenter les systèmes de signalisation, de vidéo-surveillance ainsi que l’éclairage de l’autoroute. Et même de déneiger la chaussée. Elle a également été conçue pour anticiper les futures évolutions en termes de mobilité puisque, grâce à son revêtement, elle permettra à terme de recharger par induction les véhicules électriques. Simplement en roulant. Dans un avenir proche, la route solaire pourrait ainsi permettre un développement exponentiel de la voiture électrique, en réduisant drastiquement les émissions de CO2 du trafic routier.

Piste cyclable qui s’auto-éclaire la nuit

D’autres expérimentations d’hélioroutes ont également été lancées en Allemagne, en France, au Luxembourg, aux Etats-Unis, au Japon ou encore à Monaco. En 2014, les Pays-Bas ont, eux, été les premiers à développer la première piste cyclable solaire. Une innovation reprise deux ans plus tard en Pologne, à Lidzbark Warminski, où les habitants roulent sur une piste cyclable solaire unique au monde, puisqu’elle s’éclaire d’elle-même la nuit. La piste est revêtue de particules phosphorescentes qui absorbent l’énergie solaire et la restituent sous forme de lumière le soir. Le matériau utilisé peut diffuser de la lumière pendant 10 heures et le système fonctionne et se régénère en permanence sans que l’homme n’ait à intervenir. Plus besoin non plus d’éclairage public et une avancée écologique indéniable.

Mais la France reste pionnière en matière d’hélioroute. En décembre 2016, le premier kilomètre de route solaire a été implanté en Normandie, à la sortie du village Tourouvre-au-Perche, sur une route départementale. Selon l’Ademe, le projet était censé fournir l’équivalent de la consommation en éclairage public d’une ville de 5000 habitants. Il aurait pourtant produit deux fois moins d’électricité qu’espéré, pour un coût de 5 millions d’euros le kilomètre de route solaire.

Des doutes sur l’efficacité de la route solaire

Au-delà de ce coût extrêmement élevé, l’hélio-route suscite de nombreux doutes sur sa réelle utilité et efficacité. Car plus la circulation est dense, plus la route est ombragée et le procédé moins efficace. Il faut donc choisir à la fois des routes très ensoleillées et peu fréquentées. Ce qui assurerait une bifonctionnalité du réseau routier bien moins importante. Au vu des expérimentations effectuées, les résultats montrent aussi que la production d’énergie renouvelable des hélioroutes est deux à trois fois plus faible que celle d’une toiture photovoltaïque pour un coût dix fois supérieur. D’un point de vue technique, pour obtenir le meilleur rendement, il est également préférable d’incliner les panneaux photovoltaïques plutôt que de les disposer à plat. Enfin, de nombreuses réserves sont émises quant à la résistance de la route solaire avec le passage régulier de poids lourds. Les dépôts de gomme de pneus, comme les poussières, feuilles mortes etc… altèrent eux aussi sa surface et de surcroît l’efficacité du procédé. L’hélioroute de Bellevigny en Vendée n’a ainsi tenu le coup que dix-huit mois. Sans compter les dégradations causées par les intempéries (orages, grêle…) qui affectent grandement son rendement.

Face à ces interrogations, la solution pourrait venir de Suisse, avec une route solaire un peu particulière. A partir de 2020, 1,6 kilomètre de l’autoroute A9 devrait tout simplement être recouvert de panneaux solaires. Une idée qui, si elle s’étend, nous ferait donc voyager en voiture mais dans une sorte de tunnel. Cependant, si la route solaire nécessite encore quelques réglages, les besoins énormes en énergies renouvelables et l’obligation de rénover des milliers de kilomètres routiers, pourraient en faire une solution plus que crédible.

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