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L’expérience séduisante du transport public gratuit

19.09.2018
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Afin de décongestionner le flux automobile, de nombreuses villes optent désormais pour la gratuité des transports publics.

Monter dans un tramway, prendre le métro ou le bus sans frauder ni débourser un centime est déjà une réalité dans une centaine de villes dans le monde. Qu’elles hébergent quelques milliers ou millions d’habitants, la plupart ne regrette pas ce choix de la gratuité des transports. Des bus de la petite ville portugaise de Porto Real au métro automatique de Miami, de Noyon, en France (13 000 habitants), à Chengdu, en Chine (5 millions d’habitants), la solution de la gratuité des transports publics s’est imposée comme une option de mobilité urbaine et comme solution pour lutter contre la pollution.

Un des exemples pris en considération par plusieurs municipalités dans le monde est celui de la ville de Tallinn, en Estonie. Les 435 000 habitants bénéficient depuis janvier 2013 de la gratuité totale des transports publics. Plus de six ans après, le bilan est extrêmement positif pour cette capitale et les passagers. La mise en place de cette mesure a paradoxalement augmenté les recettes de la ville. Tallinn a attiré de nouveaux résidents, ce qui a gonflé les recettes des impôts locaux. La circulation y est plus fluide avec une baisse de 15% des embouteillages en un an, ce qui a eu pour conséquence une diminution de la pollution de l’air.

La gratuité dans 30 communes françaises

C’est ce modèle qu’aspire à suivre l’équipe municipale de Paris. La maire Anne Hidalgo veut inciter les Parisiens à utiliser davantage les transports en commun afin de réduire la pollution automobile. Pour y parvenir, elle envisage de rendre le déplacement gratuit. C’est déjà le cas depuis le 1er juin pour les plus de 65 ans et les adultes handicapés, résidents à Paris et sous condition de ressources. Reste à savoir si la gratuité pour tous peut être un modèle viable économiquement. Une autre source de financement devra compenser l’absence des recettes des usagers. Selon la mairie de Paris, si le projet est réalisable, il pourrait être mis en œuvre en 2020. 

L’expérience fonctionne avec succès dans une trentaine de communes françaises. Or la majorité de ces municipalités ne dépasse pas les 20 000 habitants et leur réseau de transport en commun se compose seulement de bus peu fréquentés. La majorité des usagers de province préfèrent utiliser leurs propres moyens de circulation, étant moins soumis à la pression des embouteillages que ceux des grandes cités urbaines.

Tarification solidaire

Le principal hic à la gratuité totale est le coût que cela suppose pour les grandes villes. Les recettes de billetterie constituent un apport financier non négligeable dans les mégalopoles. A Paris, la vente des tickets et abonnements représente 33% du budget. Le reste provient des collectivités locales et des employeurs privés, via une taxe appelée Versement Transport. Or, si la mesure de la gratuité s’élargissait à tous les détenteurs d’un pass Navigo et non seuls aux Parisiens, le manque à gagner serait de 3,5 milliards d’euros par an.

Il n’est donc pas étonnant que certaines villes fassent le chemin inverse. Portland aux Etats-Unis et Hasselt en Belgique ont choisi de revenir aux transports payants. Le manque à gagner sur la billetterie a fait perdre à la ville suisse un million d’euros sans parler de l’augmentation des incivilités. Pour Claude Faucher, délégué général de l’Union des Transports Publics (UTP), l’organisation patronale réunissant les opérateurs, « la gratuité n’existe pas ». Il défend une tarification solidaire, avec un prix d’accès dépendant des revenus. Plusieurs villes, comme Grenoble et Strasbourg, ont mis cette tarification en place. « Le prix d’un abonnement pour un mois varie entre 3,40 euros et 50,80 euros en fonction du quotient familial », assure Roland Ries, maire de la cité alsacienne. Ce fonctionnement a permis une augmentation des recettes de billetterie de 200 000 euros et une diminution de 5% de la fraude.

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