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L’urgence de réinventer la mobilité rurale

01.08.2018

Des particuliers qui proposent des services de taxi à la campagne, c’est une des idées que comporte la nouvelle loi sur les mobilités, attendue à la rentrée 2018. Elle autoriserait les collectivités à rémunérer des personnes qui transportent occasionnellement des passagers. Un moyen de lutter contre le manque de transports collectifs dans les zones rurales et de renforcer les solidarités. 

Des territoires ruraux enclavés

Les zones faiblement peuplées abritent près de 35% de la population française (1). Il existe de réelles entraves à la mobilité sur ces territoires, même dans les déplacements les plus anodins de la vie quotidienne.

Dans ces zones rurales, faire ses courses, aller chez son médecin ou chez le coiffeur oblige à se déplacer : 45% des habitants des communes rurales sont ainsi soumises à des contraintes de transport simplement pour faire leurs courses (2). La voiture y est bien souvent le seul mode de transport possible (3). Or posséder un véhicule représente un coût élevé pour les habitants de ces communes qui sont parfois dans un équilibre économique fragile. Ainsi, la proportion du budget des familles rurales consacrée au transport est multipliée par deux par rapport au reste du pays. Il est vrai que les distances parcourues s’allongent et que les familles sont souvent contraintes de posséder une deuxième voiture. Dans les milieux modestes, ce poste de dépenses peut représenter jusqu’à de 40% du budget familial : « A l’horizon 2020 la facture énergétique va être multipliée par 3, ce qui va évidemment poser un énorme problème aux populations qui n’ont pas d’autre possibilité que de prendre leur voiture pour se déplacer » alerte Béatrice Vauday, présidente de la fédération Ecosyst’M.

Un enjeu d’égalité

Les inégalités en matière de mobilité entre les métropoles, les villes et les zones faiblement peuplées ne cessent de se creuser.

Dans ces zones périphériques une partie de la population se voit confrontée à une sorte d’assignation à résidence : « Qu’il s’agisse de l’accès à l’emploi, l’insertion sociale et professionnelle, la santé, le logement, l’éducation et la culture, la mobilité conditionne l’efficacité des autres politiques publiques, surtout pour les habitants des zones rurales » affirme Valérie Dreyfuss, Déléguée générale du Laboratoire de la Mobilité Inclusive.

Des gares inaccessibles

Selon les données de l’autorité de régulation des activités ferroviaires et routières, (Arafer) la France dispose du deuxième réseau ferré européen. Avec près de 3000 gares et haltes ferroviaires, 90% de la population réside à moins de 10 km d’une gare.

Alors comment parcourir les précieux km qui séparent d’une gare les habitants des zones rurales ? Les solutions proposées en ville n’ont pas vocation à être dupliquées à la campagne. En effet, faire circuler un bus de villages en villages représente un coût par usager trop élevé pour les collectivités locales à la fois financièrement et en termes d’émissions de CO2.

A l’heure où le rapport Spinetta questionne le maintien des fameuses lignes ferroviaires de campagne peu utilisées, il est urgent que la mobilité rurale et périurbaines se réinvente. Les collectivités comptent chaque jour un peu plus sur les nouvelles technologies et les solidarités pour y parvenir.

La société civile à la rescousse

Et si les solutions venaient d’en bas ? En incitant les français à partager leur véhicule dans les zones rurales, la commune d’Ayen en Corrèze a déjà ouvert la voie.

Cette commune de 700 habitants n’est pas desservie par les transports publics. Plus de bus. Il ne reste qu’une navette de transport à la demande qui ne circule que deux jours par semaine. Difficile alors pour une personne âgée de se rendre à l’hôpital situé à 25 km.

La ville, en partenariat avec la SNCF, a mis sur pied un système de covoiturage de proximité nommé Ecosyst’M. Il permet aux gens d’être mis en relation par le biais d’une plateforme. Les habitants d’Ayen qui souhaitent bénéficier d’un covoiturage sont invités à acheter des bons kilométriques. Ainsi, il n’y a pas de transaction financière entre covoitureurs. Ils ont seulement à convenir d’un point de rencontre.

« Ça rend service à tout beaucoup de gens qui ne peuvent plus se déplacer sur les territoires ruraux. » explique Jérôme Perdrix, élu en charge du développement durable.

La commune d’Ayen compte déjà près de 30 conducteurs actifs pour 2000€ km parcourus en moyenne chaque mois par les covoitureurs.

Un esprit de citoyenneté qui prend le relais de solidarités existantes puisqu’on estime à 1/3 seulement les covoiturages qui passent par une plateforme de mise en relation. Les autres trajets résultent simplement de l’entraide entre famille ou voisins, ultime rempart à l’enclavement pour les populations exclues du transport public.

(1) Laboratoire de la mobilité inclusive

(2) Selon une étude du cabinet Elabe pour le Laboratoire de la Mobilité inclusive

(3) Enquête Nationale Transports et Déplacements 2008

(4) INSEE

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