Previous Next

Métamorphose des centres urbains : le nouveau visage de nos villes

De Paris à Séoul, de San Francisco à Barcelone, les métropoles tentent de réduire la place consacrée à la voiture dans leurs cœurs de ville, instaurant ainsi un nouveau rapport à la mobilité.

Alors qu’elle ne représente que 13% des déplacements à Paris, la voiture occupe la moitié de l’espace public. Face à ce constat, les municipalités se sont donc lancées dans une croisade pour la réappropriation de l’espace. Mais cette transition n’est pas simple, car elle remet en cause 60 ans d’urbanisme pensé autour de l’automobile, symbole de liberté et de modernité.

A Séoul, le développement spectaculaire de l’économie coréenne s’est traduit par la construction de gigantesques voies rapides suspendues. Une autoroute à 6 voies a ainsi remplacé la rivière qui traversait Séoul. 160 000 voitures l’empruntaient chaque jour. Mais son entretien très coûteux a poussé le maire à la faire démolir. En seulement deux ans, l’eau a regagné sa place et un immense espace vert a été aménagé.

Péages urbains

Mais comment inciter les automobilistes à adapter leurs pratiques ? En taxant l’usage unique de la voiture. Londres, Dublin, Singapour, Stockholm ou encore Oslo ont mis en place des péages urbains pour décongestionner le centre-ville. Résultat : un trafic en baisse de 15 à 20% intra-muros. A Milan, la municipalité est allée plus loin : l’accès à la ville est réservée aux véhicules les moins polluants, aux taxis et aux véhicules d’urgence. Des portiques électroniques et 185 caméras surveillent les accès à la zone de trafic limité.

Des mesures qui s’accompagnent d’un développement et d’une amélioration des réseaux de transports en commun… avec quelques surprises : « Au départ on pensait qu’une meilleure offre de transports en commun allait changer la répartition modale et que les gens délaisseraient la voiture. Mais en fait, les transports en commun ont créé une nouvelle offre qui a permis à des gens qui ne se déplaçaient pas ou peu de le faire. On a amélioré une mobilité latente, cachée » explique Paul Lecroart, urbaniste à l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme (IAU) de la Région Île-de-France.

Un résultat surprenant

Autre découverte, à moyen terme, la capacité d’adaptation des automobilistes : avec la suppression des voies rapides, on se déplace moins et donc on se déplace mieux. A San Francisco, 20% des usagers ont déclaré se déplacer moins depuis la fermeture de la Central Freeway. Les autoroutes transformées en boulevards accueillent désormais cyclistes et piétons et poussent les conducteurs à opter pour une conduite plus apaisée.

Un nouveau rapport à la ville

Supprimer les autoroutes à quatre, six, huit voies, permet de libérer de l’espace pour de nouveaux usages : habitat, espaces verts, commerces. Selon Paul Lecroart, cette nouvelle politique correspond à un changement profond du rapport des habitants à leur ville : « Partout dans le monde, depuis le début des années 2000, il y a une façon totalement différente de se ré-approprier les centres-villes. Les terrasses de café se multiplient, les gens s’installent pour bronzer sur les espaces verts… »

Le retour des piétons

Grand oublié des politiques de mobilité, le piéton est à nouveau au centre de l’aménagement de l’espace public. L’an dernier, la mairie de Paris a lancé un plan piéton et investi 90 millions d’euros : une « rue aux enfants » piétonnisée et équipée de jeux dans chaque arrondissement, des trottoirs élargis et végétalisés… Autre nouveauté : des « zones de rencontre » où la vitesse maximale sera de 20 km/h et où piétons et cyclistes auront désormais la priorité. Les quatre premiers arrondissements deviendront même interdits aux voitures un dimanche par mois.

Impact économique positif

Ces nouveaux paysages urbains ont aussi un impact positif sur les commerces des centres-villes. A New York, le département des transports a calculé les conséquences de la mise en place d’une voie de bus dans une rue. Résultat : l’activité y croit trois fois plus qu’avant. Et cet impact s’étend aux rues voisines. A tel point qu’un slogan y est né : better streets, better business.

Share this article

There are no comments.

Add a comment

*Mandatory fields