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Millenials : liberté, égalité, mobilité

Autrefois symbole de liberté, la voiture ne fait plus rêver les jeunes. Le smartphone lui a désormais ravi sa place aux rangs des principaux objets de désir.

 

Le bonheur est dans le mobile

Pour la génération née après 1980, l’attachement statutaire à la voiture s’estompe. Si la mobilité continue de représenter un épanouissement et la possibilité d’accéder aux loisirs, à l’emploi et plus globalement à l’indépendance, l’avènement du numérique est désormais capable de connecter les gens entre eux et de leur offrir cet accès au loisir. Pour Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d’analyse des mobilités à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) « le franchissement de l’espace procuré par l’automobile est surpassé par les moyens de communication à distance. » En effet, les jeunes ne placent plus autant d’importance dans le fait de posséder une voiture. Car la population urbaine se montre très ouverte aux offres de service de mobilité auxquels le smartphone donne accès. En la matière, les mégapoles asiatiques comme Tokyo, Shangaï ou Singapour font figure de pionnières. Ces villes éminemment tournées vers la technologie, dont les gouvernements investissent massivement dans les transports publics, deviennent un laboratoire de cette mobilité assistée par le numérique grâce à laquelle on s’informe, on paie, on réserve un moyen de transport, en temps réel, depuis son smartphone.

 

Ouverts à la mobilité partagée

Les millenials se caractérisent par un nouveau rapport au temps, à l’information et à l’espace.  Hyperconnectés, ils valorisent avant tout l’immédiateté. C’est une génération « à la demande » qui souhaitent ne rien prévoir afin de ne rien rater. Ils sont ainsi les premiers à s’être laissés séduire par le covoiturage qui, au-delà d’un mode de transport flexible, représente une solution ludique et économique qui satisfait un goût pour la rencontre et les découvertes. Car désormais, le trajet compte autant que la destination. Les jeunes sont à la recherche d’une expérience riche où l’aventure relationnelle occupe une place privilégiée explique Catherine Lejealle, sociologue et enseignant-chercheur à L’ISC Paris dans une interview donnée pour un magazine de la SNCF.

Ainsi, un tiers des moins de 35 ans en Europe a déjà expérimenté ce mode de transport collectif et ils sont aussi nombreux à l’envisager.

D’ici 2030, plus d’un kilomètre sur trois sera « partagé » par le biais du covoiturage ou des voitures en libre-service. Une projection qui témoigne d’une véritable appétence des jeunes pour les modes de transports responsables mais aussi pour les économies. Car « il sera trois fois moins cher de faire un kilomètre en mobilité autonome et partagée qu’avec sa propre voiture » explique Guillaume Crunelle, associé en charge de l’automobile pour le cabinet Deloitte. 

 

Mais les jeunes ne sont pas égaux face à la mobilité

Si la génération Y est ultra-connectée, sa maîtrise des technologies numériques concerne essentiellement les dispositifs de loisirs. Utiliser un smartphone pour prévoir un déplacement est une démarche qui s’apprend et qui laisse encore beaucoup de jeunes démunis explique une étude Elabe pour le laboratoire de la mobilité inclusive. Un tiers des 18-24 ans serait en effet entravé dans sa mobilité faute de moyen pour se déplacer. Car dans les zones rurales, la voiture reste le principal moyen de transport qui représente aussi un coût : celui du permis de conduire puis de l’achat d’un véhicule. « Et si les jeunes n’achètent pas de voiture c’est tout simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens » selon Flavien Neuvy, président de l’Observatoire Cetelem de l’automobile. Ainsi, en 2016, le prix moyen d’achat des voitures neuves atteignait 24.300 euros et l’âge moyen de leurs acquéreurs était de 55 ans.

On distingue quatre types de freins à la mobilité dans la population : financier, géographique, matériel -lorsque les gens ne possèdent pas de véhicule ou de moyen de transport à proximité- et cognitif, soit la peur de se déplacer ou de se perdre.

Or, les jeunes sont concernés par l’ensemble de ces facteurs et cumulent bien souvent les obstacles. Il n’est pas rare pour les plateformes de mobilité d’accompagner de jeunes adultes qui n’ont ni les moyens de s’offrir un véhicule ni la confiance nécessaire pour utiliser les transports en commun.  Dans ce cas, seuls la formation et l’accompagnement humain peuvent permettre de lever les freins quand la peur entre eu jeu.

Alors, si les solutions technologiques existent, la balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics pour favoriser l’accès des jeunes à la mobilité sans restriction. Un projet sociétal symbole de liberté et d’abondance qui touche un vaste éventail d’enjeux : sociaux, environnementaux et économiques.

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