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La mobilité au cœur de l’emploi

Près d’un quart des Français a déjà renoncé à un travail ou à une formation faute de moyen pour se déplacer. Résoudre les problèmes de mobilité est devenu une priorité pour favoriser l’accès à l’emploi.

Être sans permis de conduire, dans un lieu sans transport en commun ou que l’on ne sait pas utiliser… Ces difficultés de déplacement concernent un demandeur d’emploi sur deux selon un sondage commandé par le Laboratoire De la Mobilité Inclusive.

Une enquête qui révèle que près d’un Français sur 5 a déjà renoncé à se rendre à un entretien d’embauche ou dans une structure d’aide à la recherche d’emploi faute de moyen de transport. Une problématique qui touche de plein fouet les plus fragiles : près d’un jeune sur deux a refusé un emploi ou une formation pour cette raison. C’est également le cas de 54% des personnes dont le foyer perçoit moins de 1000 euros par mois.

 « Il y a d’abord des freins économiques et matériels à la mobilité comme ne pas avoir les moyens de s’acheter une voiture ou de s’abonner au free-floating, ne pas savoir utiliser les transports en commun… qui créent ensuite des freins cognitifs avec le sentiment que vous n’êtes pas à la hauteur. Cela entraîne un sentiment d’exclusion et de repli sur soi explique Florence Gilbert, directrice de l’association Wimoov. C’est un cercle vicieux dont il faut sortir. La mobilité permet de se sentir autonome et d’élargir son aire de prospection pour trouver un emploi. »

Penser les transports pour les plus exclus

Deuxième frein à l’accès à l’emploi après la formation, la mobilité est aussi un enjeu majeur pour les entreprises. En effet, 40% d’entre elles ont des difficultés à recruter à cause des problèmes de mobilité. Surtout dans un pays où le transport a été pensé prioritairement pour la voiture.

« Les personnes exclues de ce mode de transport subissent cette politique. On n’a pas assez développé d’autres solutions de mobilité. Il ne faut pas renier la voiture mais l’optimiser, la mutualiser. Parler d’autopartage, de covoiturage pour inclure les publics les plus en difficulté, selon Florence Gilbert. En France on a créé des moyens de transport pour la masse, pour les personnes qui peuvent et savent se déplacer. Pas pour les plus démunis. Au Danemark, au Japon, le moyen de transport est d’abord testé avec les personnes les plus exclues, ce qui permet à tout le monde de pouvoir l’utiliser. »

L’apprentissage de la mobilité

Développer, diversifier et mutualiser les moyens de transports existants, même privés, est une condition sine qua non pour favoriser la mobilité et le retour à l’emploi. Comme le développement du covoiturage par les collectivités territoriales et les entreprises ou la mise en place de navettes pour le dernier kilomètre. Mais il faut surtout éduquer et former les publics qui n’ont pas accès à la mobilité. « La mobilité, ça s’apprend. La majorité de la population y est familiarisée depuis l’enfance. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde », rappelle Florence Gilbert. Les plateformes de mobilité œuvrent en ce sens. En collaboration avec Pôle Emploi, les missions locales, les collectivités et les entreprises, elles détectent les freins à la mobilité des publics fragiles, établissent un diagnostic puis définissent un parcours individualisé qui peut durer plusieurs mois.

Un accompagnement personnalisé

Des programmes d’aide pour passer le permis de conduire sont proposés par les plateformes de mobilité. Tout comme des solutions de micro-crédit qui peuvent faciliter l’achat d’un véhicule. Mais si la personne dispose de faibles ressources, elle risque ensuite de ne pas avoir les moyens de couvrir les frais de carburant et d’assurance…

C’est pourquoi former à l’utilisation du vélo ou du scooter électrique peut s’avérer plus judicieux. « Mais au dernier moment, par peur, par honte ou parce que la piste cyclable n’est pas éclairée, les personnes accompagnées peuvent faire marche arrière. C’est pourquoi, pour les premiers trajets, on vient les chercher chez eux à vélo et on les accompagne jusqu’à leur travail pour lever les derniers freins. » explique Florence Gilbert. 

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