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La ruée vers le Luxembourg : le Grand Est face au défi de la mobilité transfrontalière

14.07.2018

Le Luxembourg bénéficie du PIB par habitant le plus élevé de l’Union européenne. Une économie dynamique qui séduit les habitants de la région Grand Est voisine frappée par la désindustrialisation. Ainsi, pas moins de 87 000 français traversent chaque jour la frontière franco-luxembourgeoise pour travailler au Grand-Duché. Soit 7% de la population active de la région Grand Est.

Migrations pendulaires

Si les salaires luxembourgeois sont plus élevés qu’en France, le coût de la vie l’est aussi. C’est pourquoi en dehors des opportunités professionnelles, le principal avantage à être frontalier se situe du côté du pouvoir d’achat. Mais ces va-et-vient affectent significativement la qualité de vie.

La très grande majorité de ce balai quotidien est réalisé en voiture. Les lorrains qui vont travailler au Luxembourg depuis un axe Nancy-Metz-Thionville parcourent une moyenne de 44 km pour chaque trajet pendulaire. C’est bien plus que dans le reste de la France avec une moyenne de trajets domicile-travail de 15 km. Ainsi, la saturation de l’axe autoroutier contraint les travailleurs frontaliers à patienter longuement dans les embouteillages. « C’est l’enfer un jour sur deux » confie Jonathan qui vit à Thionville, à 35 km de la ville de Luxembourg où il travaille. « Je mets généralement 50 minutes pour arriver au travail » mais « la pluie ou les accidents me font régulièrement passer plus d’1h15 dans les bouchons ». Jonathan a pris l’habitude de quitter le travail après 19h pour s’épargner les engorgements de fin de journée. Car le nombre de personnes qui font la « navette » chaque jour est en progression constante. La part des frontaliers qui choisissent la voiture comme mode de transport a tendance à se réduire mais les routes sont de plus en plus engorgées.

Des trains à plein-régime

Une enquête CEPF Instead de 2011 indique que 11.5% des frontaliers lorrains choisissent le train pour leur déplacement domicile-travail. Une progression de deux points en trois ans. Mais l’éloignement du lieu de travail contribue à « concentrer les déplacements entre 6h et 8h du matin ce qui fait que les services de train ou de bus atteignent leurs limites de capacité » explique Florian Weyer, Directeur transports et mobilité au sein de la Région Grand Est. Pourtant la Région a mis les moyens. En 2016, l’augmentation de la cadence des trains a permis d’augmenter leur nombre, en passant de 12 à 16 trains sur la ligne Metz-Luxembourg entre 5h30 et 8h30 chaque matin. Cela représente 10 000 places mais cela reste insuffisant. « On observe un transfert automatique de la voiture vers le train à mesure que les places augmentent » constate Florian Weyer. « Ce qui fait que nous sommes à nouveau dans une situation de saturation » regrette-t-il. Un constat que partage Sébastien qui s’est tourné vers le train comme mode de transport entre Metz et Luxembourg, « ça devient vraiment difficile avec des retards quasiment chaque jour. J’ai 2h de temps de trajet par jour aller-retour et la moitié du temps je suis debout sur l’escalier » déplore le jeune homme. 

A l’horizon 2030, « la Région souhaite passer de 10 000 à 20 000 places » indique Evelyne Isinger élue en charge des transports pour la région Grand Est. Mais pour le moment les investissements de sécurité doivent primer. En effet, les trains de Luxembourg et de la France sont équipés de deux systèmes d’aide à la conduite différents. Un manque de compatibilité qui n’a pas permis de rattraper les erreurs humaines lors de la collision entre un train de marchandise et un TER sur le territoire Luxembourgeois en début d’année 2017. D’ici à 2020 les trains transfrontaliers devront être équipés d’un même système de sécurité européen, ce qui représente un investissement de 16 millions pour la Région Grand Est qui va équiper 25 rames.

La piste des transports en commun sur route

Alors, pour mieux irriguer le territoire, la Région mise sur le bus mais dans une version augmentée. C’est-à-dire des autocars de tourisme grand confort avec Wifi, prise électriques et climatisation qui offrent une expérience proche du train. Une ligne Metz-Esch-sur-Alzette (deuxième ville du Grand-Duché) a été ouverte en 2016 et d’autres devraient suivre, pour assurer une complémentarité avec le TER. Un vrai potentiel à exploiter puisque la même enquête de 2011 révélait que 5.5% seulement des frontaliers du Grand Est recourait au bus pour rejoindre le Luxembourg voisin.

La pratique d’un covoiturage organisé constitue elle aussi une solution pour désengorger les routes aux heures de pointe. « Chaque matin, c’est 250.000 sièges automobiles vides qui entrent dans la capitale » indiquait le ministre des transports luxembourgeois François Bausch lors de l’annonce du lancement de CoPilote, la nouvelle plateforme de covoiturage à l’initiative du Grand-Duché. Grâce à elle, le Luxembourg espère qu’une voiture sur deux transportera au moins 2 personnes dès 2025. Une ambition qui vise à réduire le nombre de voitures en circulation.

Enfin, les entreprises elles-mêmes pourraient jouer un rôle clé pour dé-saturer les transports. Il s’agirait de donner la possibilité aux travailleurs frontaliers de moduler leurs horaires de travail et de recourir davantage au télétravail pour optimiser les capacités des réseaux existants et ainsi éviter des investissements financiers très importants pour accroitre l’offre aux heures de pointe.

Sources :

Etude CESER Alsace Champagne-Ardenne Lorraine « La conjoncture économique et sociale dans la région Grand Est et ses territoires »

Etude CEPS Instead « La mobilité des frontaliers du Luxembourg »

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