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Quand les géants du net jouent les urbanistes

GAFA urbanistes Toronto

Ils promettent d’en finir avec les embouteillages et la pollution grâce à leurs algorithmes. Google, Uber et Amazon s’allient aux pouvoirs publics afin d’améliorer la mobilité dans les villes. Mais cette irruption des GAFA est-elle sans conséquences sur nos vies privées ?

C’est une première mondiale. Un géant d’Internet va créer un quartier entier. La ville de Toronto a décidé de confier la transformation de Quayside à SideWalks Lab, filiale  de Google dédiée à l’urbanisme. Cette ancienne friche industrielle va devenir la première « Google Town ». Un modèle de Smart City, truffé de capteurs qui permettront de connaitre en temps réel la qualité de l’air, l’ensoleillement mais surtout les conditions de circulation. Ces informations permettront par exemple de chauffer les trottoirs en hiver ou modifier la largeur des pistes cyclables selon l’heure de la journée à l’aide de leds. L’offre de transports en commun ou de vélos en libre-service sera elle aussi adaptée en temps réel. Car dans ce quartier du futur, la voiture individuelle n’aura qu’une place limitée. Google veut faire de sa ville nouvelle un terrain d’expérimentation grandeur nature pour les navettes et véhicules de livraison autonomes de Waymo… une autre filiale du groupe. Les premiers résidents pourraient s’y installer d’ici 2022. Mais le quartier de Quayside n’est que le dernier exemple de la conquête progressive des GAFA sur l’espace urbain.

Un partenariat Google-Ministère des transports américain

Depuis 3 ans, Google a installé des cabines téléphoniques nouvelle génération dans les rues de New York : les bornes LinkNYC. Elles permettent de recharger son smartphone et surtout de disposer du Wifi gratuit. Mais l’utilisateur doit en échange, accepter que Google conserve ses données de navigation. A terme, New York comptera 7500 bornes. Les données récoltées permettent par exemple aux autorités de connaître en temps réel la qualité de l’air ou les flux de piétons. Mais ce partenariat public-privé va aujourd’hui beaucoup plus loin. 

En 2015, le ministère des Transports américain lance le Smart Cities Challenge en partenariat avec Google pour moderniser les infrastructures de transport de sept villes du pays. Un partenariat a priori gagnant-gagnant : d’un coté les collectivités ont de moins en moins de moyens pour entretenir des routes et transports publics vieillissants ; de l’autre, le géant du net peut tester Flow, sa plateforme big data spécialisée dans le transport. San Francisco, Portland, Kansas City, Columbus, Pittsburgh, Austin et Denver remportent le concours et donc un accès gratuit à Flow. Objectif : collecter des milliards de données issues de capteurs installés dans le sol, les bornes LinkNYC mais aussi les smartphones des utilisateurs de Google. Ces data sont ensuite traitées pour proposer des solutions de mobilité et fluidifier le trafic.

Uberisation des transports

Uber aussi est à l’origine d’une profonde transformation des usages de la mobilité. L’entreprise ne se contente plus de proposer une alternative aux taxis, elle s’est lancée depuis trois ans dans le transport public, en nouant des partenariats avec des collectivités locales. Dans la ville de Dublin en Californie, les bus, très couteux et peu empruntés, ont été supprimés. Désormais les usagers peuvent commander un Uber dont le trajet est en partie subventionné par la ville, afin de réduire le coût pour les passagers. Chaque course est facturée entre 3 et 5 dollars, contre 2 dollars pour un ticket de bus. Cette transformation implique aussi que l’usager possède un smartphone, ce qui exclut de facto toute une catégorie de la population. 

En parallèle, Uber s’est lancé dans une opération séduction auprès des villes de Boston, Washington, Sydney et Manille où elle met gratuitement ses données à disposition des municipalités via sa plateforme Uber Movement. La start-up mise sur ces partenariats public-privé. Son ambition : devenir un acteur majeur de la mobilité de demain, dans un scénario de remplacement progressif de la voiture individuelle par des flottes de voitures autonomes, électriques et partagées. Uber participe ainsi au programme Drive Sweden, qui prépare l’implantation des véhicules autonomes en Suède, et teste aussi ses véhicules autonomes dans les rues de Pittsburg. La voiture autonome aiguise d’ailleurs l’appétit de tous les géants du net. Apple, Google, Amazon… se sont lancés sur ce marché qui pourrait peser 2800 milliards de dollars en 2030. 

A qui appartiennent les données ?

Selon le cabinet Gartner, 50% des habitants de grandes villes partagent aujourd’hui leurs données personnelles avec leur Smart City. Cette mine d’informations conduit à une plus grande efficacité dans les services de mobilité notamment. Mais l’incursion des GAFA dans nos vies et dans nos villes, soulève également des questions liées à la propriété des données et à leur utilisation commerciale. A Toronto, SidewalksLab s’est pour le moment engagé à garantir leur anonymat.

Photo : The Toronto Archives from Blogto.com 

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