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Se déplacer pour mieux s’enraciner : le paradoxe de l’hypermobilité

Pour le travail ou le tourisme, l’hypermobilité se développe chez les habitants des pays les plus riches. On voyage plus vite, plus loin, plus souvent. Paradoxalement, l’hypermobilité relève parfois d’un choix pour préserver notre environnement familier et nos ancrages.

Avions low-cost, TGV, autoroutes… le développement des moyens de transport, couplés à des prix en baisse, favorisent l’hypermobilité des habitants des pays les plus riches. Ils se déplacent plus vite, plus loin et plus souvent. Que ce soit pour le tourisme ou le travail. « Le nombre de déplacements quotidiens n’a quasiment pas changé depuis l’époque de nos arrière-grands-parents. Il reste de trois à quatre en moyenne. Mais la distance franchie est beaucoup plus importante car le niveau de revenu est en hausse croissante, la vitesse des modes de transport s’est accrue et le coût des trajets a chuté », détaille Yves Crozet, économiste spécialiste des transports, dans un entretien dans Les Clés de demain.

Des déplacements plus longs et transnationaux

Aux Etats-Unis, 80 kilomètres par jour sont parcourus en moyenne par habitant contre 4 kilomètres en 1880. En Europe de l’Ouest entre 1970 et 2005, le trafic des voyageurs -tous moyens de transport confondus – est passé de 2 à 5 milliards de kilomètres par an. Un phénomène croissant qui traverse les frontières nationales. Avec des vols moins onéreux, plus nombreux et plus rapides, le tourisme mondial a explosé comme les déplacements professionnels.

Un « euromanager » peut ainsi se rendre dans la même semaine à Paris, Londres et Berlin. Les vols low-cost ont permis de relier les grandes villes entre elles et permettent finalement plus de passerelles qu’avec les zones rurales. Et la mobilité quotidienne est devenue transnationale. En 2016, une étude commandée par le tour-opérateur Thomson, indiquait qu’1,5 million de personnes travaillaient au Royaume-Uni mais vivaient à l’étranger : à Barcelone, Marrakech et même Dubaï. Entre Paris et Londres, l’Eurostar fait désormais office de train de banlieue comme le Thalys entre Bruxelles, Paris et Amsterdam.

Mobilité pendulaire

Mais l’hypermobilité est surtout incarnée par les travailleurs pendulaires. Aujourd’hui, la mobilité se caractérise plus par l’aller-retour régulier que l’aller simple. Il n’est plus rare en France, de voir des personnes travailler à Paris, vivre dans des villes de province (Lille, Rouen, Le Mans, Reims…) et faire l’aller-retour domicile-travail dans la journée. Avec un trajet en train parfois moins long qu’un trajet dans Paris intramuros ou sa banlieue.

Ne pas renoncer à ses attaches

Une enquête de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) menée auprès des salariés pendulaires longue distance (avec un emploi situé à plus de 80 kilomètres de leur domicile), confirme que paradoxalement, l’hypermobilité qu’ils choisissent est liée à une volonté de sédentarité. On préfère effectuer de longues distances quotidiennes pour se rendre au travail afin de mieux conserver ses attaches familiales ou amicales. Déménager pour se rapprocher de son lieu de travail reviendrait à une perte de repères sociaux, affectifs et de bien-être. Par ailleurs, l’idée de vivre loin du tumulte de la ville et du rythme effréné du travail favorise le choix de cette hypermobilité quotidienne. Mais cette mobilité choisie est à distinguer de celle subie par les habitants des zones en périphérie des grandes villes. Souvent obligés de passer des heures dans les embouteillages ou dans les trains de banlieue, faute des moyens nécessaires pour se loger intra-muros. Là où certains y voient un avantage, elle n’est qu’inconvénients pour d’autres.

La solution télétravail

Aujourd’hui, « l’hypermobilité s’appuie encore beaucoup sur des modes de transport consommateurs de carburants fossiles. Cela soulève évidemment des questions de développement durable », met en exergue Yves Crozet. Une des solutions pour réduire cette hypermobilité, tout en conservant son environnement familier et ses ancrages personnels, passerait donc par le télétravail. Un concept qui, avec le développement des outils numériques, permet de travailler aussi efficacement de chez soi que dans les locaux de l’entreprise.

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