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Le vélo : un levier d’intégration sociale à explorer

Pédaler pour se déplacer devient de plus en plus populaire. Mais en France, ce retour du vélo se limite aux centres-villes, là où vit la frange la plus aisée de la population.

Mode de locomotion privilégié des classes populaires dans l’entre-deux guerres, son usage s’est progressivement réduit à partir des années 60 au profit de la voiture. Si bien qu’aujourd’hui, exception faite de Strasbourg, la part modale du vélo représente moins de 4%.

Toutefois, de plus en plus de centres urbains en France commencent à disposer des conditions pour favoriser le développement du vélo en ville : un maillage fin de pistes cyclables et une vitesse limitée à 30 km/h. Les bénéfices de ce regain d’intérêt en faveur du vélo sont nombreux : moins d’émissions de Co2, moins d’embouteillages et une meilleure santé pour le cycliste.

Mais en dehors des centres-villes les plus cyclables de France, circuler à vélo reste un privilège qui est encore loin de concerner toute la population. En effet, l’infrastructure cyclable n’est adaptée ni aux habitants des périphéries ni à ceux des zones rurales. Les investissements réalisés pour redonner leur place aux modes de déplacement actifs (vélo, marche…) tendent en effet à se concentrer dans les hypercentres. « Le principal frein à l’attractivité du vélo sur tous les territoires sont les coupures urbaines, c’est-à-dire le franchissement d’un périphérique, d’un fleuve ou d’un chemin de fer qui conduit bien souvent à regrouper sur une seule voie tous les usagers de la route. » explique Joseph d’Halluin membre du bureau de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). Mais l’aménagement du territoire n’est qu’un des multiples facteurs qui freinent le déploiement de l’usage du vélo.

 

Freins psychologiques

Avec son faible coût d’achat et d’entretien, le vélo apparait comme un nouvel outil d’intégration sociale. Il offre aux personnes les plus précaires la possibilité de se déplacer pour chercher un emploi, une formation ou se rendre à leur travail sans que le coût du transport ne fasse grimper leur budget.

Pourtant, pédaler pour s’en sortir demande de dépasser de nombreux freins pour les habitants des zones au faible revenu par habitant. Dans les quartiers défavorisés où une forte proportion des résidents est issue de l’immigration, il n’est pas rare de n’avoir jamais eu l’occasion d’apprendre à faire du vélo. D’ailleurs, peu de résidents en possèdent un. Et lorsque c’est le cas, ils rencontrent des difficultés pour le stocker sans risquer un vol, faute de lieu de stockage adéquat.

Ce problème est d’ailleurs le crédo du programme national Alvéole qui entend promouvoir l’usage du vélo et lutter contre la précarité, en proposant aux bailleurs sociaux de financer à hauteur de 50% la création de locaux vélos sécurisés. Le programme vise la création de 30 000 places de stationnement vélo et l’accompagnement de 18 000 usagers à travers des actions de sensibilisation à l’écomobilité.

 

Vélo-école

A Lyon, l’association Pignon sur rue forme chaque année près de 150 personnes, principalement des femmes issues de l’immigration. Cette initiative issue de la société civile, a pour but d’apprendre à se déplacer à vélo pour gagner en indépendance.

L’occasion pour beaucoup d’entre elles de réaliser un rêve d’enfance. « J’ai vu des femmes pleurer parce qu’elles avaient réussi à faire un tour à vélo » relate Clément, bénévole de l’association. « Au départ le désir est souvent de pouvoir faire une balade avec ses enfants, ou une course en dehors du quartier. Mais c’est une dynamique vertueuse qui les fait gagner en confiance dans tous les domaines, y compris professionnel ». Il existe, en France, 121 “vélo-écoles”.

 

Pour Joseph d’Halluin, nous sommes loin de la ligne d’arrivée. « En France nous ne sommes pas encore à la hauteur de l’enjeu, celui de donner accès au vélo à tous et toutes ». Car la prise en compte de la bicyclette comme moyen d’intégration sociale est une idée récente. Reste à espérer que les pouvoirs publics s’en emparent avec conviction.

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