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Le grand entretien avec Anne Laliron, directrice du Business Lab – Groupe PSA

06.07.2018

Le Business Lab est un dispositif d‘open innovation qui vise à créer de la valeur pour les clients du Groupe PSA en tissant des liens avec les jeunes pousses et en testant de nouveaux concepts. Une porte d’entrée privilégiée pour les start-up du secteur de la mobilité.

In Movement : Le Business Lab a un an et demi d’existence aujourd’hui. Quels étaient vos objectifs et ambitions de départ ?

Anne Laliron : Le Business Lab a été lancé début 2017. Nos ambitions prioritaires étaient et sont toujours de détecter, expérimenter et transformer de nouveaux business pour le Groupe, en lien avec la mobilité. En suivant de très près l’écosystème des start-up d’abord mais pas uniquement. Nous identifions également des opportunités auprès de nos collaborateurs qui représentent une force de proposition particulièrement créative. Pour cela, nous avons mis en place un incubateur en interne. En résumé, on travaille autour de deux dispositifs distincts : un incubateur interne et une veille rapprochée de l’écosystème des start-up.

In Movement : Comment faites-vous pour détecter ces start-up ?

Anne Laliron : L’écosystème des start-up est extrêmement riche et dynamique. Une start-up se crée chaque semaine dans le monde rien que dans le secteur de la mobilité. Il est donc très important pour nous de ne pas nous noyer dans ce flot infini.

Pour nous aider à « filtrer » les start-up dans cette profusion, on s’est associés avec des partenaires privilégiés. Le fonds d’investissement Idinvest Partners d’abord, spécialisé dans l’investissement des start-up. L’entreprise rencontre jusqu’à 1000 start-up par an pour investir dans une dizaine d’entre-elles. Ils connaissent bien nos besoins et nos priorités et nous indiquent les projets les plus pertinents. Le Business Lab collabore également avec BPI France Le Hub, Le Village by CA, l’accélérateur du Crédit Agricole, EuraTechnologies à Lille, le BFA (Business Factory Auto) à Vigo en Espagne, l’accélérateur CUBO au Brésil, les pôles de compétitivité et autres incubateurs et accélérateurs d’entreprises en France et à l’international.

Notre implantation à San Francisco et Singapour nous permet aussi d’avoir une bonne vision des start-up américaines, d’Asie du Sud-Est et plus récemment indiennes.

In Movement : Quels sont vos critères de choix ?

Anne Laliron : Le premier critère c’est la maturité de la start-up. Nous privilégions les start-up qui ont déjà réalisé une première levée de fond et qui commencent à trouver leur marché pour s’assurer de construire un partenariat sur la durée.

Le deuxième critère s’attache aux fondateurs et à l’équipe qui constituent la start-up. Dans l’exemple d’une entreprise émergente qui n’a pas encore d’assise sur le marché, une équipe agile est le gage que la société saura trouver des ressources pour poursuivre l’aventure. Donc pour résumer les critères sont : la maturité, l’équipe et bien entendu la proposition de valeur.

In Movement : Justement, pouvez-vous citer quelques exemples de projets que vous avez accompagnés jusqu’à la phase d’expérimentation ?

Anne Laliron : L’idée est de tester grandeur nature avec de vrais clients. On ne fait pas d’expérience de laboratoire ! L’exemple de la start-up KBRW est assez parlant. Cette entreprise a développé un module informatique qui permet d’interconnecter tous les systèmes de gestion de stock et de commandes de pièces détachées de nos fournisseurs. Grâce à ce partenariat, nous avons aujourd’hui une vision instantanée, globale et ultra fiable des délais de livraison des pièces, qu’elles soient stockées chez PSA ou ailleurs. Le client est livré plus rapidement et le Groupe PSA a réduit de 98% les tâches administratives liées à la commande de pièces ou à la recherche de solutions alternatives. Un gain d’efficience opérationnelle considérable pour nous et nos clients

Autre domaine, le Groupe PSA va lancer très prochainement un pop-up store d’entretien de véhicules sur les parkings de centres commerciaux avec notre marque Euro Repar Car Service. L’idée est de proposer à nos clients de profiter du temps des courses ou d’un film au cinéma  pour effectuer une révision ou une réparation sur leur véhicule garé sur le parking.

Nous sommes en train de lancer cette expérience en région parisienne pour l’automne 2018. A l’instar d’une start-up on teste un « minimum viable product ». On regarde ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien. Puis, si l’expérience s’avère concluante, on déploie ce service sur le marché.

Dans le domaine de la mobilité, nous avons également lancé en phase expérimentale l’offre PeugeotFastRent. Proposé sur 2 sites pilotes (Lyon Vénissieux et Paris Gare de l’Est), PeugeotFastRent propose un parcours totalement digitalisé, de la création de compte à l’accès au véhicule 24h/24 et 7j/7 et répond aux attentes des clients concernant une prise en charge immédiate et à toute heure de leur location, sans file d’attente aux comptoirs. Les résultats sont prometteurs et nous étudions maintenant le déploiement de cette offre.

In Movement : Comment le Groupe PSA accompagne-t-il concrètement les start-up ?

Anne Laliron : Face à une start-up, notre devoir est de prendre rapidement la décision de collaborer ou pas. Savoir rapidement dire non est essentiel pour éviter de  perdre du temps, de générer de la frustration et risquer de donner de faux espoirs à la start-up qui a potentiellement d’autres pistes de développement à trouver. Pour une start-up, une semaine perdue c’est comme une année pour un grand groupe !

Dès que nous avons trouvé ensemble un « terrain de jeu commun », nous déployons le service main dans la main comme avec KBRW. Grâce à nous, la start-up trouve un marché complémentaire. Et nous, cela nous permet d’améliorer notre efficience.  Un équilibre gagnant-gagnant, que nous recherchons dans toute relation avec une start-up, gage de pérennité de la relation.

In Movement : Qu’avez-vous appris en 18 mois d’existence de Business Lab ?

Anne Laliron : Que le hasard fait aussi partie de la vie de la démarche ! On a évalué 560 start-up en un an et demi. 50% d’entre-elles répondaient à des besoins identifiés mais l’autre moitié travaillait sur des sujets auxquels nous n’avions pas pensé. Cela nous enrichit énormément. Par exemple, nous sommes en train de travailler avec une start-up sur l’amélioration de nos centres d’appels. Ce n’était pas un besoin priorisé au Business Lab. Aujourd’hui la phase de test nous indique que ça vaut le coup !

La mobilité est l’axe majeur mais on a aussi identifié des potentiels dans les usines, la gestion des pièces détachées, la réparation, la formation de nos réparateurs à distance… bref, dans tous les domaines de l’entreprise. Cela nous étonne positivement, c’est la plus belle des surprises.

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