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Le grand entretien avec Carla Gohin, Directrice de l’innovation de Groupe PSA

02.02.2019
Carla Gohin Directrice innovation PSA

Carla Gohin est à la tête de l’innovation de Groupe PSA. Les technologies qu’elle développe avec son équipe de recherche préparent la mobilité de demain.

La mobilité est devenue un enjeu majeur dans nos sociétés. Nous nous déplaçons plus, pour aller plus loin et plus vite. Nos modes de déplacements semblent devoir radicalement changer …

Nous sommes à un moment de l’histoire où nos modes de transport vont davantage évoluer dans les 10 prochaines années qu’ils ne l’ont fait au cours des 30 dernières. Or, répondre aux attentes des clients de demain c’est prendre en compte les grandes mutations aujourd’hui à l’œuvre. En premier lieu, il y a la transition énergétique. Contribuer à réduire l’empreinte environnementale est l’axe central de l’élaboration des technologies du futur. Vient ensuite le changement de paradigme, qui nous fait passer d’un modèle où la possession du véhicule est encore la référence, à l’usage de solutions de mobilité. Ainsi demain, on cherchera d’abord la solution de mobilité la plus adaptée à chaque besoin : service à la demande, mobilité autonome, partagée…

 

Qu’est-ce qui va changer avec le passage de la possession à l’usage ?

Nous allons passer du statut de constructeur automobile à celui de concepteur et fournisseur d’expériences de mobilité. Le service proposé et associé au déplacement, va devenir central.

Pour vous donner un exemple, avec l’arrivée des véhicules partagés, nous devons imaginer les fonctions d’identification, de déverrouillage, de démarrage du véhicule qui soit les plus simples, les plus fiables et les plus sûres pour l’utilisateur. Cela nécessite, par exemple, des technologies de reconnaissance faciales ou biométriques.

On peut proposer beaucoup de services innovants, mais s’ils ne sont pas utilisables de manière intuitive et simple, on manque l’objectif qui est d’apporter de la valeur à l’expérience client. La simplicité et l’intuitivité d’usage devient le critère numéro 1 dans ce nouveau contexte.

 

Le digital joue un rôle majeur dans cette mutation, comment l’intégrez-vous ?

Pour nous, l’enjeu est d’assurer la continuité de la vie digitale de nos clients. Le smartphone est devenu un prolongement de nous-même, avec des applications qui nous simplifient la vie. Demain, quand nous monterons à bord d’une voiture, nous devrons pouvoir réutiliser cet environnement digital. Sans avoir besoin de tout re-télécharger dans la voiture. Cette connectivité s’envisage autant pour les passagers que pour les véhicules. La voiture devient un objet connecté capable de communiquer avec son environnement : les autres véhicules, l’infrastructure, etc…

 

L’industrie automobile est à la veille de connaître une autre révolution, celle du véhicule autonome… Comment vous y préparez-vous ?

Notre approche de l’autonomisation est incrémentale car c’est la sécurité qui prévaut.  Notre programme AVA « Autonomous Vehicule for All » prévoit le déploiement des premières fonctions de conduite autonome après 2022, d’abord en condition d’embouteillage, puis ensuite sur autoroute. Au-delà du contenu technologique, nous devrons également offrir avec cette conduite autonome, une nouvelle expérience de mobilité à bord, grâce au temps offert au conducteur, comme par exemple, libérer l’espace du cockpit pour lui permettre de réaliser des activités, différentes de celles de la conduite, pendant que la voiture se conduit seule.

En parallèle de cette approche incrémentale, nous développons des expérimentations de navette autonome (sans chauffeur) pour proposer des trajets partagés dans des contextes urbains, sécurisés ou délimités ; ceci à court terme pour des premières applications potentielles à l’horizon 2025.

 

Quelles sont les technologies qui rendent possible l’avènement de ce Smart Véhicule, c’est-à-dire connecté et autonome ?

L’intelligence artificielle est une de ces briques, bien sûr ! On a tendance à en parler comme d’un sujet très nouveau alors que les premiers algorithmes ont été créés dans les années 50. L’intelligence artificielle n’est donc pas une nouveauté. C’est l’explosion du volume des données et des puissances de calcul qui explique son déploiement fulgurant aujourd’hui. Plus on a des volumes de données importants, plus ces réseaux de neurones sont capables de prédire efficacement des comportements, de reconnaître et traiter des multitudes d’images, dans de très nombreuses situations de vie de nos véhicules.

 

En quoi l’intelligence artificielle entre-t-elle dans la technologie de la conduite autonome ?

La conduite autonome nécessite un grand nombre de capteurs pour des données temporelles, de captures d’images, de positionnement etc… toutes ces données agrégées vont être utilisées pour créer des algorithmes. C’est ce qui permettra au véhicule d’identifier les obstacles et de mieux appréhender son environnement. En associant toutes ces données et en les traitant par des méthodologies d’intelligence artificielle, la voiture sera capable de percevoir l’environnement et de prendre les bonnes décisions.

 

Comment la technologie peut-elle contribuer à réduire l’empreinte environnementale ?

L’accélération de l’électrification est le levier majeur aujourd’hui pour contribuer à la réduction de l’empreinte environnementale. Le Groupe a lancé les programmes R&D nécessaires pour que, d’ici 2025, 100% de nos modèles soient électrifiés. Full électrique ou hybride plug-in rechargeable essence pour offrir une diversité d’usages adaptée en fonction des segments et des usages. Les prochains modèles arrivent dès 2019.

 

Quelle est la prochaine étape en matière de réduction d’impact environnemental ?

L’amélioration des densités énergétiques des batteries, pour nous permettre d’améliorer le compromis autonomie/ coûts, ainsi que les capacités de recharges pour ouvrir de plus grandes perspectives à l’électrification. En France ou en Europe nous misons beaucoup sur l’électrique. Mais en tant que groupe automobile mondial, le Groupe PSA doit préparer la transition sur l’ensemble des régions du monde où il opère.

Donc nous travaillons également sur des technologies 0 émission comme l’hydrogène ou les biocarburants. En Amérique latine, on s’appuie sur les biocarburants pour optimiser les émissions de C02 des moteurs thermiques. Ces technologies feront certainement partie de nos portefeuilles de solutions technologiques, à l’horizon 2025.

 

Le développement de l’hydrogène est donc une piste sérieuse ?

Pour l’hydrogène comme pour l’électrique, une des questions centrales est de disposer d’une énergie propre. A l’heure actuelle, la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau (et donc sans émission de carbone) reste un enjeu à traiter si l’on souhaite accélérer le déploiement de cette source d’énergie.

 

En somme, il n’y a pas de solution miracle ?

Disons plutôt qu’on ne va pas aboutir à une solution unique qui répondrait à l’ensemble des besoins, pour toutes les régions du monde. Mais plutôt à une palette de solutions de mobilités adaptées à chaque besoin spécifique : se rendre au travail, partir en vacances, déménager… Que l’on habite à la campagne ou à la ville.

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