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Mobilité 3D : comment nous déplacerons-nous dans le futur ?

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La Semaine Européenne de la Mobilité s’achève aujourd’hui. À cette occasion, In Movement vous propose un voyage dans le futur de la mobilité avec Sylvain Allano, Directeur scientifique et technologies futures chez PSA Peugeot Citroën.

Comment nous déplacerons-nous dans vingt ans ? Sortons des sentiers battus et envolons-nous vers le futur avec la mobilité 3D !

Ma mission, c’est de voir plus loin

Sylvain est en charge de la Direction scientifique et technologies futures : ses équipes imaginent, testent et proposent des idées qui feront l’avenir de l’automobile. Un pied dans le moyen terme, et l’autre dans le (très) long terme, ils inventent aujourd’hui l’automobile du futur ! 
« Pour 2020, nous avons trois priorités : faire des véhicules propres, connectés et autonomes, et des véhicules attractifs. Mes équipes y contribuent, mais ma mission, c’est de voir plus loin, d’aller dans des territoires au-delà de 2020…  Ensemble nous réfléchissons à horizon 2020, 2030 et bien plus loin. » 

Mais comment inventer la voiture du futur… Quand vous entendez le mot « voiture », que visualisez-vous ? Une caisse en métal, quatre roues, des sièges dans le sens de la marche, des portières avec des vitres … Un peu galvaudé, non ? Et si, pour imaginer les véhicules du futur, il fallait faire table rase de tout ça ? Pour innover réellement, réinventons totalement la voiture !

Réinventer la voiture, repenser les villes  

« Pour imaginer le véhicule du futur, il faut remettre en cause les fondamentaux de l’automobile du XXème siècle. Une voiture c’est une caisse en acier, une plateforme, une liaison au sol … Le concept tel qu’on le connaît a relativement peu évolué depuis 1920. » Bien évidemment, les véhicules ont connu d’importantes améliorations depuis le début du XXème siècle, mais ils conservent de nombreuses caractéristiques communes avec les premiers modèles de véhicules.

Sylvain part d’un postulat de départ simple : « L’aspiration à la mobilité individuelle existera toujours dans 40 ou 50 ans » mais les véhicules ne seront plus nécessairement une propriété. J’ai besoin de me rendre dans une zone urbaine ? Je commande un véhicule autonome qui va venir me chercher chez moi. C’est l’économie de la fonctionnalité.

« L’idée, c’est aussi de quitter le paradigme de la caisse intégrée. » Imaginez un vecteur (une base, comme la plateforme EMP2) indépendant, équipé d’un groupe motopropulseur et dépouillé de toutes fioritures. Ce vecteur est capable d’emmener les passagers d’un point A à un point B. Il peut être dirigé via un objet connecté, un smartphone du futur par exemple, voire même directement par le cerveau ! 

Sur ce vecteur, peut venir s’ajouter une cellule de vie. Après avoir commandé mon moyen de transport, je vais donc créer ma « bulle » de voyage. Cette cellule est temporaire et totalement personnalisée. Elle connaît mes habitudes, mon physique, mes préférences et celles de ma famille ou de mes amis. « Globalement, c’est comme si j’entrais dans une bulle de savon, avec une paroi extérieure transparente et souple. À l’intérieur, tout est personnalisé et adapté à mes désirs. » Un générateur de bulle, chez moi ou mis en commun au sein du voisinage, créé cet espace privé temporaire. Lorsque le vecteur arrive, il n’y a plus qu’à brancher la bulle dessus et mon véhicule du futur est prêt !

Le vecteur connaît déjà ma destination et me transporte jusqu’à un « mobility channel » (ou canal de mobilité) en direction de la zone urbaine. Le canal me transporte à grande vitesse jusqu’à destination. Arrivé à l’entrée de cette zone, le vecteur  et la bulle se désolidarisent. Le vecteur reprend le chemin du fournisseur de mobilité qui l’avait envoyé, car, dans le futur, les véhicules prenant de la place au sol n’ont plus le droit de rentrer dans les zones urbaines. 

Mais qu’arrive-t-il à la bulle et à ses passagers ? Tout dépend de leur destination finale ! 

La mobilité du futur est liée au changement de l’occupation des espaces. En effet, dans ce futur, les pôles de vie se répartissent en plusieurs types de zones : zones résidentielles, zones urbaines hyper concentrées, et zones de liberté, reliées par des canaux de mobilité. Ces canaux sont conçus de façon à prendre en charge les vecteurs et les transporter automatiquement et à grande vitesse jusqu’à leur point de destination.

Mobilité 3D, se déplacer sur tous les « axes » 

La ville du futur est conçue en hauteur car « en ville, le grand défi c’est la surface au sol ». Dans cette optique, les véhicules et vecteurs ne sont pas autorisés « intra muros ». Le but étant de ne pas monopoliser le sol, d’autres canaux sont mis en place pour transporter les humains et leurs bulles. « Les bulles peuvent se déplacer dans des tubes à l’horizontal ou inclinés, prendre des ascenseurs fluidiques à la verticale, s’accrocher sous un dirigeable qui ferait office de bus aérien. » Une fois arrivé à destination, la bulle se dissout et sa matière est recyclée. Le passager peut vaquer à ses occupations jusqu’au moment où il décide d’aller ailleurs, pour rentrer chez lui par exemple. Il lui suffit de recréer une bulle grâce à un générateur et de reprendre son chemin dans les canaux ou via les bus aériens, jusqu’à l’échangeur à la sortie de la ville. La bulle se rebranche alors sur un vecteur qui ramène le passager chez lui. 

Ces moyens de transports autonomes connectés seront une vraie aide à la mobilité :« Ces moyens de transport permettront l’accès à la mobilité pour des populations par exemple à vision réduite ou mobilité réduite. Ces vecteurs seraient pour eux une réelle assistance à la mobilité » et ce dans des véhicules « de série » qui ne ghettoïsent plus les populations à mobilité réduite. En somme, une mobilité libérée pour tous. 

Trois questions pour approfondir :

Cette organisation avec des canaux transportant des bulles, ça paraît très organique. D’où vient cette idée ? 
« Je me suis inspiré de la biologie. J’ai fait venir des biologistes moléculaires et j’ai étudié comment se déplacent les cellules. Une cellule a un noyau et est protégée par une enveloppe molle. Seulement, les voitures actuelles sont dures ! La Citroën C4 Cactus, avec ses airbumps, est un signal, certes encore faible, d’un changement dans l’architecture des véhicules qui vont devenir de plus en plus souples. Un jour, avec une structure molle, on arrivera à mieux protéger les passagers qu’avec une structure rigide. » 

Quelles sont la place et la valeur ajoutée du constructeur dans ce scénario de futur ? 
« Un constructeur pourra fabriquer les vecteurs, les générateurs de bulles, des véhicules autonomes indépendants, les systèmes d’interface, les échangeurs, les commutateurs… Il pourra aussi fournir les services liés aux machines qu’il produira. Il gardera ainsi son rôle de fournisseur de mobilité. Sa valeur ajoutée, au-delà de son savoir-faire technique, c’est son identité. Un vecteur sera normalisé au niveau technique et connectique, mais sa différenciation viendra du style et des prestations liées. On peut imaginer que le constructeur créera une aura en hologramme projetée autour du vecteur. Les gens à l’extérieur verront le design lumineux qui représentera la promesse de la marque et de son style.» 

Et le plaisir de conduire ? 
« Si les espaces sont répartis en zones : urbaines, résidentielles et de liberté, alors le plaisir de conduire a toujours sa place dans le « wild ». Cette zone de liberté, plus « campagne » permet à chacun de retrouver ce plaisir devenu vintage, en conduisant sur des vraies routes dédiées,  avec des voitures d’époque (modifiées pour ne plus polluer du tout). 

Un grand merci à Sylvain Allano pour cette rencontre passionnante dont je n’ai malheureusement pu rendre qu’une partie. Le reste des sujets que nous avons abordés sera exploité dans d’autres articles sur In Movement !

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