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Quel chemin pour les biomatériaux ?

Pour rappel, la partie de la biomasse que l’on peut utiliser ne progresse que très peu (elle est liée à des équilibres écologiques et géopolitiques fragiles) : est-ce que l’on peut imaginer utiliser plus de biomasse dans l’industrie à un moment où ce sont 7 milliards d’humains qu’il faudra nourrir ?

Un développement stoppé net

Les premières résines thermoplastiques à base de cellulose ont été inventées dans les années 1860, et dès 1900 on fabriquait des boutons de vêtements à base d’amidon ! Mais l’essor de la pétrochimie (chimie du carbone) dans les années 50 et des plastiques issus du pétrole produits à grande échelle a stoppé la recherche qui, du coup, en est restée au stade du laboratoire. Dommage …

Pas de compétition mais de la complémentarité

Aujourd’hui la R&D est relancée sur les matériaux bio-sourcés. La question, pour un industriel end-user, c’est l’impact environnemental de l’utilisation de ces matériaux. De plus, est-ce qu’augmenter l’utilisation de la biomasse peut se faire sans réduire la partie utilisée pour l’industrie alimentaire ? 

Prioriser l’utilisation des sources non alimentaires

Ne serait-il donc pas préférable que la R&D sur les polymères issus de ressources renouvelables porte avant tout sur la partie non alimentaire des plantes utilisées ou sur les résidus de bois ?

Cela éviterait tout risque de spéculation sur les matières alimentaires comme pour les matières premières industrielles aujourd’hui. A ce titre, les travaux sur l’utilisation de la lignine contenue dans le bois sont particulièrement intéressants car cette ressource existe en très grande quantité sur terre.

Quelles pistes du côté de la chimie verte ?

Le sujet de la compétition avec les denrées alimentaires est essentiel en termes de développement durable et responsable. Pour autant, les études sur les polymères issus de l’amidon de maïs, de blé ou autre culture peuvent déboucher sur des matières avec des caractéristiques différentes des polymères pétrochimiques actuels et apporter des fonctionnalités nouvelles. C’est toute la R&D « chimie verte » qui en bénéficierait. Il faudra ensuite la transposer aux parties non alimentaires pour être réellement « durable et responsable ».

Notre responsabilité collective est de rester vigilant aux grands équilibres socio-économiques et écologiques ?  Oui bien entendu, encore faut-il mesurer l’impact de nos actions sur le terrain et évaluer le risque de déséquilibre de l’utilisation des sols cultivables.

Je crois que des réflexions sont en cours en France au sein de l’ADEME pour évaluer l’impact de la chimie verte sur l’agriculture, mais quid de cette réflexion au niveau européen et mondial ? 

Rapprocher les impératifs de performance des industries et nos engagements citoyens

Le développement de ces technologies « vertes » fait l’objet d’une adhésion forte dans les équipes des entreprises industrielles car elles réconcilient la technique avec l’écologie et rapprochent les finalités du travail de celles de la citoyenneté, ou du moins elles en donnent l’impression.  Ne décevons pas cet élan mais ne nous trompons pas non plus d’objectif : le futur et l’après pétrole ne doit pas être « le matériau ou la nourriture » mais « le matériau et la nourriture », issus tous les deux de partie différentes de la même biomasse, c’est-à-dire de la même nature que nous devons préserver pour mieux l’utiliser.

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