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Le grand entretien avec Karine Hillaireau, déléguée au développement durable de Groupe PSA

06.09.2019

Placer la responsabilité sociale et environnementale (RSE) au cœur de toutes les activités de l’entreprise : Une démarche inédite du Groupe PSA, orchestrée par sa déléguée au développement durable, Karine Hillaireau

Quels sont les enjeux RSE du Groupe PSA ?

Nous avons 23 enjeux qui vont de la satisfaction client, à la diversité chez nos collaborateurs, en passant par le dialogue social ou la bonne utilisation des ressources naturelles. Ces enjeux sont hiérarchisés selon deux critères : le niveau d’attente de nos parties-prenantes et leur impact sur la performance économique de l’entreprise. Ainsi, les émissions de CO2, la sécurité des véhicules et la satisfaction de nos clients constituent le trio de tête de nos enjeux RSE.

 

Comment s’organise la démarche RSE dans le Groupe ?

Nous avons des correspondants RSE dans chaque métier. Il n’y a pas d’équipe, ni de budget dédié car la Responsabilité Sociale et Environnementale est profondément inscrite dans chacune de nos activités, qu’il s’agisse d’éco-conception, de recyclage des déchets, de réduction des émissions, de gouvernance éthique ou de diversité au sein de nos collaborateurs.

Chacun de ces 23 enjeux est piloté par un membre du comité exécutif, qui s’assure des moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs fixés.

Cette approche intégrée, totalement ancrée sur le terrain, nous l’avons adoptée dès l’origine. Elle reste encore atypique au sein des grands groupes même si certains de mes homologues commencent à mesurer l’intérêt de voir la RSE « infuser » la RSE dans chacune des décisions de l’entreprise. 

 

Comment mesurez-vous vos résultats ?

Nous sommes engagés dans une démarche d’amélioration continue. Nous rendons compte chaque année de nos réussites mais aussi de nos difficultés dans le rapport RSE du Groupe.  Car la responsabilité d’entreprise passe avant tout par une transparence totale. La fiabilité des informations communiquées est une condition essentielle de la relation de confiance avec nos parties prenantes afin de guider leurs décisions, qu’il s’agisse d’acheter un véhicule, de nous rejoindre comme collaborateur ou d’investir de l’argent dans l’entreprise.

 

Comment concilie-t-on croissance et responsabilité d’entreprise ?

De notre point de vue, il ne s’agit pas de porter un jugement moral sur nos actions mais d’adopter une approche pragmatique : identifier, pour chaque décision, le niveau de risque pour l’entreprise. Prenons le changement climatique par exemple. Cela représente des risques énormes pour les investisseurs qui font peser sur nous la responsabilité de sécuriser leurs investissements. Le monde de la finance s’oriente vers des secteurs qui présentent le moins de risque possible pour l’environnement.

De même, les clients exercent eux aussi une forte pression sur les entreprises. Ils ne souhaitent plus acquérir de moyens de transport ou de services qui ne seraient pas compatibles avec leurs propres valeurs.

Une entreprise fait partie d’un écosystème. C’est pourquoi elle doit prendre en compte les réactions de ses clients, de ses fournisseurs, des talents qu’elle souhaite recruter, des citoyens, et même des élus… Cette approche à 360° des impacts de l’entreprise nous fait tendre vers une société plus responsable et c’est heureux. Les entreprises doivent être les premières à s’engager dans cette voie.

 

Quelle est la responsabilité des entreprises vis-à-vis de ces enjeux sociétaux ?

La première responsabilité des entreprises c’est avant tout d’assurer leur pérennité en étant utiles à leurs clients. Sans prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux, c’est impossible. Tout l’écosystème auquel appartient l’entreprise a déjà intégré cet enjeu de durabilité. Ce serait nuisible pour une entreprise de l’ignorer. 

 

La loi d’orientation des mobilités (LOM) prévoit l’interdiction de la vente des véhicules à énergie fossile en 2040. Le Groupe y est-il préparé ?

L’impact environnemental des énergies fossiles nous a conduit à développer des technologies de plus en plus propres. Le Groupe est leader en matière de réduction des émissions de CO2 ou de NOX. Il y a dans l’ADN de PSA cette volonté d’innover en permanence pour apporter un progrès, c’est-à-dire une innovation utile.

Mais le point important de cette interdiction de vente de véhicules à énergie fossile semble être la capacité d’acceptation par les citoyens. Car la mobilité propre a un coût. Or si les gens n’ont plus les moyens d’aller travailler avec leur véhicule et que l’offre de transport en commun est inexistante ou déjà saturée, c’est tout un mode de vie qu’il faut réinventer en commençant par la question de l’étalement urbain.

Nous sommes dans un débat sociétal beaucoup plus large qui est de rendre désirable un avenir moins consommateur de ressources ou tout doit être reconsidéré : la mobilité, l’accès à l’eau ou les transferts de produits qui viennent du bout du monde… Donc il ne faut pas prendre le raisonnement à l’envers. En commençant par les interdictions on ne peut arriver qu’à de l’opposition.

 

La mobilité va-t-elle devenir un luxe ?

Ce serait très dangereux pour la stabilité sociale. Nous ne disposons pas de vision globale sur le mode de vie dans lequel on nous projette. Des lois se succèdent sur l’économie circulaire, le gaspillage alimentaire, les taxes carbone… Mais du point de vue du citoyen, c’est vécu comme une somme de contraintes qui ne cessent de s’allonger.

C’est important que des philosophes, des artistes s’emparent de la question et nous aident à nous projeter dans un nouveau monde désirable, qui permettrait à chaque individu de se dire « oui c’est vers là que je veux aller » et de mieux comprendre les contraintes imposées et la nécessité de travailler collectivement à des solutions. 

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