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Fernando Izquierdo : circulez, il y a du nouveau

22.06.2018

Alors que la ville de Madrid s’apprête à interdire la circulation dans l’hyper centre pour réduire les émissions, la flotte 100% électrique d’emov fait un carton.

Quartier chic de Salamanca à Madrid. Un immeuble cossu au charme suranné. Ouvert sur de larges portes vitrées, des poignées dorées forment les initiales d’une possible banque d’affaires disparue. Au rez-de-chaussée, le concierge s’ennuie. Arrivés au deuxième, changement de décor. Un vaste open space abrite une vingtaine de jeunes employés concentrés sur leurs écrans. La moyenne d’âge ne dépasse pas 30 ans.

Fernando arrive, la quarantaine élancée, sportif. La question n’a pas besoin d’être posée. On se fait la bise, on se dit « tu », on est à Madrid.

Cet aficionado et « socio » du Real Madrid a déjà 15 ans de carrière à l’avant-poste de services urbains ou de mobilité. D’abord chef des opérations à Madrid pour la société qui exploite les parkings extérieurs, il devient directeur de l’Espagne et du Portugal pour la société du même groupe qui gère l’affichage urbain. Elle sera cédée au numéro 1 mondial Decaux suite à la crise financière de 2008. C’est en 2016 que Fernando rejoint emov, un projet commun entre Eysa, la société de parking et le Groupe PSA.

Des débuts fulgurants

La start-up a connu des débuts spectaculaires 50.000 inscriptions en 3 semaines « Aucun business plan n’aurait pu prévoir cela » se réjouit-t-il. Lorsqu’on l’interroge sur ce succès, au regard des difficultés que connait « Autolib’ » à Paris, il évoque une conjonction de plusieurs facteurs. Le premier c’est que « les madrilènes ont quelque chose de magique » plaisante-t-il. D’abord, l’Espagne était l’un des derniers grands pays d’Europe à ne pas bénéficier d’un système de voiture en libre-service. Donc « les attentes étaient grandes ». Mais « la conscience environnementale a aussi beaucoup compté » ajoute-t-il.

L’une des villes les plus polluées d’Europe

2,5 millions de véhicules circulent quotidiennement dans la capitale espagnole qui compte 3 millions d’habitants. Pour lutter contre des niveaux de dioxyde d’azote qui dépassent régulièrement les seuils autorisés, la maire Manuela Carmena a mis en place un vaste plan d’actions pour une ville plus durable. Des mesures drastiques qui incluent la mise en place d’une circulation alternée en fonction des numéros de plaque en période de pics de pollution. Les véhicules électriques, qui ne rejettent aucune émission, sont autorisés à tous moments et quelle que soit la zone. A l’horizon 2025, ces véhicules et ceux des résidents seront les seuls à pouvoir circuler dans le centre-ville.

Capitale mondiale de la mobilité électrique
Ces restrictions de circulation sont une des raisons qui expliquent que les madrilènes soient si nombreux à utiliser ce service. 160 000 souscriptions après seulement 1 an et demi d’existence et une flotte de 600 véhicules. « Sans compter que Madrid est plutôt une ville où l’on circule bien, en dehors des heures d’entrée et sortie des bureaux », explique Fernando. Autre avantage du service, les usagers n’ont pas besoin de se soucier du stationnement. Le parking est gratuit partout pour la flotte électrique. C’est l’une des contributions majeures de la mairie au dispositif.

Sans concession

A Madrid, il n’y a pas de concession attribuée par la ville. La mairie appuie toutes les initiatives, nombreuses, en matière de déplacement 0 émission. Ainsi, après Car2Go (Daimler), emov, Zity (Renault et Ferrovial) c’est au tour de Wible (Kia et Repsol) d’entrer sur le marché. Sa flotte hybride rechargeable va faire grimper à 2000 le nombre de voitures électriques en free-floating (sans station) en circulation dans la « manzana », le centre-ville. Et c’est sans compter sur les scooters électriques, les « BiciMAD » (équivalent des « Vélibs’ ») ou les vélos en free-floating. La mairie rencontre régulièrement ces nouveaux acteurs de la mobilité afin d’assurer leur bonne cohabitation dans l’espace urbain. “Nous entretenons des relations étroites avec les services de la mairie qui jouent un vrai rôle facilitateur”.

Ambassadeurs de la mobilité électrique

Pour Fernando Izquierdo, ce dispositif est aussi l’occasion de faire découvrir le maniement d’une voiture électrique, autonome sur 150 km. Mais au-delà de promouvoir une mobilité plus verte, il s’agit de favoriser une mobilité plus partagée. « L’idée n’est pas de remplacer les millions de voitures que compte Madrid en autant de voitures électriques mais d’inciter à partager les trajets pour réduire leur nombre ». En moyenne, un trajet emov transporte 1.9 passager pour une durée de 20 minutes.

Les services emov ont été déployés à Lisbonne au printemps. Lorsqu’on l’interroge sur le futur, Fernando espère faire des émules et s’étendre à d’autres grandes villes européennes.

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