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Guillaume Cromer, touriste durable

14.03.2019
Guillaume Cromer tourisme durable

Le président de l’association des Acteurs du Tourisme Durable (ATD) rêve de changer notre façon de nous déplacer en vacances. Rencontre avec un voyageur militant.

Rien ne prédestinait ce fils et petit-fils de concessionnaire automobile à devenir un fervent militant du tourisme durable. Après plusieurs années à accumuler les expériences de barman et chercher sa voie, ce Strasbourgeois atterrit à Evian et le déclic se produit. « J’ai vite compris que c’était la montagne derrière l’hôtel qui me plaisait le plus », raconte le jeune homme de 36 ans, regard bleu métal et casquette « Patagonia » vissée sur la tête. Il se lance alors dans un IUP métiers de la montagne et intègre ensuite la branche tourisme de Sup de Co La Rochelle dont il sortira major de promotion. « Je voulais aller prendre les outils classiques du management et du marketing pour les appliquer à mes valeurs car j’étais persuadé qu’on pouvait intégrer les enjeux de développement durable en faisant du business ». 

Des séjours sur mesure zéro carbone

Quelques années plus tard, il crée sa société de consulting, ID Tourisme. Sa mission : élaborer les stratégies de développement touristique des régions, communautés de communes, parcs de loisirs… Et surtout repenser le tourisme et la mobilité touristique en développant par exemple des séjours sur mesure éco-responsables. « Sur des séjours courts et de proximité, on arrive à avoir des expériences zéro carbone. Les offices de tourisme du Bassin d’Arcachon m’ont ainsi demandé de construire des offres en éco-mobilité. L’idée, c’est que le vacancier arrive en TER, qu’il puisse ensuite louer un vélo, faire du kayak etc… et repartir sans avoir pollué », détaille le patron d’ID Tourisme. L’intermodalité est donc au cœur d’une vision touristique plus vertueuse. En milieu rural, le problème réside souvent dans le dernier kilomètre à parcourir pour atteindre son hébergement. Le développement des navettes autonomes collectives est une solution de plus en plus envisagée qui permet d’optimiser les déplacements des touristes.

Un combat que Guillaume Cromer mène également au sein des Acteurs du Tourisme Durable (ATD). Une association de 150 membres (agences de voyages, hébergement, associations, acteurs de la mobilité…) dont il est président depuis 2013. Son ambition : ne plus s’adresser seulement au grand public mais faire intégrer les enjeux du tourisme durable dans les collectivités publiques et les entreprises touristiques. « On ne veut pas se limiter aux acteurs les plus vertueux car pour changer les choses, il faut intégrer tout le monde même les plus gros comme Airbnb, Center Parcs, le Club Med etc… et les bousculer sur les enjeux de tourisme durable. »

Lobbying auprès des pouvoirs publics

Et pour parvenir à ses fins, ce digital nomade, qui a « passé une dizaine de nuits chez (lui) sur les deux derniers mois », « donne des cours, participe à de nombreux colloques et conférences », a fait du lobbying auprès des pouvoirs publics son cheval de bataille. « C’est primordial car l’Etat n’a pas de stratégie concrète de développement durable sur le tourisme. Il faut financer des solutions d’avenir sur la mobilité douce dans le tourisme, investir dans l’éco-mobilité. » Mais comment les faire changer de vision sur la mobilité touristique quand le Ministère ambitionne d’atteindre les 100 millions de visiteurs internationaux ? Quand le low-cost est en plein essor et que l’association internationale du transport aérien évalue que le nombre de passagers va doubler sur les vingt prochaines années et atteindre les 8,2 milliards par an ? « Si on veut être leader mondial au niveau touristique, c’est à nous de montrer la voie, créer un autre type de tourisme pour devenir une référence dans l’éco-tourisme, assène le blogueur et influenceur. Il faut inciter les acteurs à cesser d’aller chercher le tourisme de masse à l’international pour qu’ils se penchent sur un tourisme plus local. Il y a une réelle prise de conscience sur la question de la mobilité touristique et les pouvoirs locaux y sont de plus en plus sensibles notamment par rapport aux problématiques écologiques. »

Une nouvelle notation touristique ?

Pour inverser le curseur, le président de l’ATD travaille d’ailleurs sur un nouveau concept : changer les critères de notation de la performance touristique, en s’inspirant de la comptabilité triple capital. Ne pas prendre en compte seulement des critères basés sur le profit et le nombre de touristes mais y intégrer l’impact social, environnemental, le bien-être global pour les touristes comme pour les habitants impactés par cette activité… Une nouvelle formule de notation touristique qu’il espère expérimenter avec la ville de Paris. Jusqu’au-boutiste, Guillaume Cromer n’hésite pas à appliquer ses valeurs à sa propre entreprise : « En fin d’année, avec mes trois salariés, on calcule notre bilan carbone. On a fixé le prix de la tonne carbone à 50 euros et chaque année on reverse la somme totale à un projet qui nous tient à cœur comme la lutte contre la déforestation, contre les usines à charbon… » Un petit pas vers la révolution verte à laquelle il aspire.

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