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Miguel Anxo Fernandez, le thérapeute de la ville

11.01.2019

Maire de la commune espagnole de Pontevedra (84 000 habitants), Miguel Anxo Fernandez Lores a pratiquement chassé la voiture de ses rues et fait de sa ville une référence en matière d’urbanisme.

Son statut de maire n’y change rien. Ne vous risquez pas à vouvoyer Miguel Anxo Fernandes Lores. « Bien sûr qu’on se tutoie ! J’ai une tête de vieux mais dans ma tête je suis jeune ! », lance, jovial, le Galicien. Tempes blanches, regard bleu d’acier, à 64 ans, Miguel Anxo Fernandez est un pionnier, parti à la conquête d’une ville nouvelle. En 1999, ce fils de paysan devient maire de Pontevedra et se lance dans un pari fou : éliminer les voitures du centre-ville et restituer l’espace public aux piétons. « Quand j’ai été élu, les gens voulaient quitter la ville parce qu’elle était dangereuse, bruyante, polluée… Il fallait un changement radical », raconte cet ancien médecin, et ajoute « Être maire c’est une continuité. On peut soigner des villes comme on soigne des patients ».

Un espace public dédié aux piétons

En 20 ans, au fil de ses cinq mandats et de la confiance grandissante de ses concitoyens, il bouleverse le visage de Pontevedra et en fait un paradis pour piétons. Il limite la vitesse des véhicules, installe dos-d’ânes, ronds-points, supprime des voies de circulation qu’il rend complètement piétonnes, réaménage les bords du fleuve, crée des parcs forestiers aux abords de la ville, proscrit l’implantation des centres commerciaux pour favoriser le commerce de proximité… Mais surtout, il interdit l’accès au centre-ville aux véhicules qui ne font que le traverser. « Il y avait des rues où 28 000 véhicules circulaient par jour. C’était plus que sur l’autoroute. C’est ce trafic de passage qui congestionne une ville, explique Miguel Anxo Fernandez de sa voix rocailleuse. La clé de notre modèle, c’est d’avoir autorisé l’accès au centre-ville seulement aux véhicules indispensables à son bon fonctionnement. On est ainsi passé d’un espace public dédié aux voitures à un espace public dédié aux piétons. » Seuls les véhicules de livraison, les riverains qui ont un garage, les transports en commun, les taxis… ne sont pas bannis. Et sur le peu de places de parking gratuites qui restent dans le centre, la durée de stationnement ne peut excéder 15 minutes. Au risque de payer une amende de 100 euros. Les automobilistes sont priés de laisser leur voiture sur les parkings gratuits construits aux entrées de la ville d’où ils peuvent rejoindre le centre en 10 minutes à pied.

Moins de pollution, plus de population

Et les résultats de cette politique visionnaire sont stupéfiants. Le trafic dans l’hypercentre a été réduit de 90% et de plus de 50% dans toute la ville. Les émissions de gaz à effet de serre ont ainsi chuté de 70% et chaque citoyen de Pontevedra a réduit d’une demi-tonne par an son émission de CO2. Surtout, les habitants se sont réappropriés leur ville et ne veulent plus la quitter. Les places et les terrasses des cafés se sont multipliées, les enfants se rendent à l’école à pied en toute sécurité, les personnes en fauteuil roulant se déplacent aisément et Pontevedra attire touristes et nouveaux résidents. « En Galice, on perd 10 000 habitants par an. Nous, en 20 ans, on est passés de 73 000 à 84 000 habitants avec la population la plus jeune de la région, avance le maire, dont les mains s’agitent autant que la passion qui l’anime. On a retrouvé une qualité de vie. Tout le monde est dans la rue. Les gens sont moins stressés. Désormais le week-end, les gens des villes alentours affluent.  Avant quand j’ouvrais la fenêtre de mon bureau, j’entendais en permanence les klaxons. Maintenant, j’entends les gens se parler. »

Un modèle reconnu dans le monde entier

Récompensé par de nombreux prix internationaux grâce à son modèle de ville, Miguel Anxo Fernandez est sollicité pour donner des conférences sur le réaménagement urbain. Pékin, Paris, Mexico… les villes du monde entier le consultent. « J’ai l’impression de passer plus de temps à expliquer ce qu’on a fait qu’à m’occuper de ma municipalité », confesse, étonné, celui qui a réussi le tour de force de faire de cette ville moyenne du nord de l’Espagne une référence mondiale en matière d’urbanisme. « Jamais je ne l’aurais imaginé mais ce qui me rend le plus heureux, c’est de voir que la majorité des habitants de Pontevedra sont fiers d’appartenir à leur ville. C’est ça la responsabilité d’un maire ». Aux prochaines élections municipales, Miguel Anxo Fernandez entend décrocher un ultime mandat avant de s’offrir une retraite paisible dont il compte bien profiter en flânant dans sa ville sans voiture.

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