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La mobilité coopérative trace sa route

Avez-vous déjà rêvé à un service de covoiturage qui ne rémunère que le conducteur ? A l’opposé des géants du secteur, une poignée d’irréductibles défendent l’esprit pionnier de la mobilité collaborative et sans commission.

Covoiturer sans commission. Cela peut sembler utopique car l’immense majorité des plateformes de mobilité coopérative prélève aujourd’hui des frais de service, qui peuvent vite faire grimper la facture. Blablacar, le leader mondial du secteur détaille sur son site : « Le montant des frais de service pour un covoiturage est compris entre 0 et 25 % de la participation aux frais du conducteur et est calculé en fonction de différents facteurs, notamment de la longueur et du prix du trajet. Par exemple, pour un trajet à 19, les frais sont de 4. Et pour un trajet à 27, les frais sont dun montant de 6. »

Mobicoop pour revenir aux vraies valeurs du covoiturage

Mais cela n’a pas toujours été le cas. A sa création, Blablacar s’appelait covoiturage.fr et fonctionnait sans commission. Le site reposait alors sur la convivialité et le simple partage de frais entre conducteur et passager. Mais en 2012, les conditions d’utilisation changent. Blablacar prélève des frais de plus en plus élevés et devient une « licorne », dont la valeur dépasse le milliard de dollars. Contre cette marchandisation de la mobilité collaborative, une poignée d’utilisateurs décide alors de s’organiser et créent l’association Covoiturage Libre. En 2016, Covoiturage Libre devient une coopérative baptisée Mobicoop. « Notre objectif nest pas de faire du profit. Mais que le covoiturage et les mobilités plus écologiques deviennent une habitude », précise Brune Cangardel, chef de projet chez Mobicoop.

Coopérer sans échange d’argent 

D’autres acteurs gratuits pour les utilisateurs se développent et notamment dans le domaine du transport scolaire comme les applications Zouzoucar ou encore Cmabulle. Le principe : mutualiser les transports domicile-école ou ceux vers les activités extra-scolaires des enfants. Des déplacements qui peuvent se faire en voiture mais aussi à vélo ou à pied. Ces plateformes sont nées d’un constat : les parents vivent en moyenne à 6 kilomètres de l’école de leurs enfants et mettent 15 à 25 minutes pour s’y rendre. Cela représente jusqu’à 5000 kilomètres par an et 1800 euros de frais. En créant des groupes de parents qui mutualisent les trajets, Zouzoucar et Cmabulle permettent donc d’économiser du temps et de l’argent… sans prélever de commission.

Reste l’épineuse question du financement. Le modèle économique semble difficile à trouver. Dans le secteur de la livraison collaborative, les quelques tentatives « sans commission » ont échoué. Et les plateformes prélèvent désormais des frais qui peuvent vite s’avérer exorbitants, frôlant les 30% du prix de la transaction. Alors comment faire fonctionner les plateformes sans facturer de frais de service aux utilisateurs ? Cmabulle, par exemple, est financée par les territoires sur lesquels elle opère : Lille, Orléans, Le Mans, Dijon… Pour payer ses 17 salariés, Mobicoop, elle, s’appuie sur trois piliers : les dons, la prise de part de sociétaires dans la coopérative et le développement de services payants sur-mesure pour les collectivités territoriales et les entreprises. 

Rezo Pouce, de l’auto-stop en zone rurale

Pour développer sa plateforme d’auto-stop 2.0 et 100% gratuite, Rezo Pouce s’est d’abord appuyé sur les collectivités locales du Tarn-et-Garonne et de Haute-Garonne. L’application permet à l’auto-stoppeur de géolocaliser un conducteur et inversement. La plupart des utilisateurs l’utilise sur de courtes distances : aller au travail, faire ses courses… Une solution adaptée aux zones rurales : là où les transports en commun ne sont pas toujours réguliers, Rezo Pouce affiche des temps d’attente de moins de 5 minutes une fois sur deux et de 10 minutes neuf fois sur dix. Aujourd’hui, elle est aussi soutenue par un grand opérateur de mobilité (Transdev) et la fondation Macif. 

L’apport inestimable des bénévoles

Mais c’est précisément de leur aspect social et solidaire que beaucoup de plateformes collaboratives sans commission tirent leur force. Pour porter la bonne parole, Mobicoop peut compter sur un réseau de bénévoles convaincus : campagnes de communication auprès des mairies, dans des festivals… « On a même un bénévole fan de football qui a organisé un réseau de covoiturage chez lui, à Amiens, pour simplifier le transport des supporters au stade les jours de matchs ! », raconte Brune Cangardel. Aujourd’hui Mobicoop revendique 400 000 utilisateurs inscrits et 20 000 trajets publiés tous les mois, soit une croissance de 120% en 2019. 

Reste qu’avec 90% des trajets effectués en France, Blablacar garde toujours un quasi-monopole sur le covoiturage. 

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