Previous Next

La revanche des villages : l’irrésistible appel de la campagne

Selon l’INSEE, un Français sur quatre vit désormais en zone périurbaine. Et nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir quitter la ville pour nous installer à la campagne. Un désir encore peu assouvi car souvent entravé par des questions de mobilité.

 

Un Français sur deux envisage de quitter la ville pour la campagne. Nous sommes de plus en plus nombreux à concrétiser ce rêve puisque selon l’INSEE, en 2014, les communes faiblement peuplées ont gagné 104 000 habitants alors que les grandes villes en ont perdu 114 000, mettant ainsi fin à deux siècles d’exode rural. Chaque année, 12 000 Parisiens désertent ainsi la capitale. Cet exode urbain ne concerne cependant pas toutes les campagnes mais principalement l’ouest et le sud-ouest de la France ainsi que la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Un nouveau type de villages

Après s’être vidés, les villages se remplissent à nouveau. Mais selon Eric Charmes, directeur de recherche à l’ENTPE de Vaulx-en-Velin et auteur de l’essai La Revanche des Villages, il s’agit plus d’une diffraction de la ville, « en une myriade de villages, de bourgs et de petites villes », formant des « villages périurbains ». Les villages reconquis par ces nouvelles populations représentent ainsi une extension du mode de vie urbain. Un prolongement de la ville à la campagne dont le paysage est parfois modifié avec l’apparition de pavillons, centres commerciaux et zones d’activités. La géographie sociale du territoire est également chamboulée avec des classes populaires résidant désormais dans les centres-villes et les classes moyennes dans ces villages périurbains.

Des néo-ruraux aux profils particuliers

Appelés « néo-ruraux » ou encore « rurbains », les acteurs de cette gentrification des campagnes ne sont pas des paysans mais des cadres ou des salariés du tertiaire, issus des classes moyennes. Il s’agit souvent de jeunes adultes, de 30 à 45 ans, accompagnés de leurs enfants en bas-âge et que les difficultés économiques ont poussé hors de la ville. Mais pas seulement. Ils aspirent surtout à vivre loin du tumulte urbain. Ils ne supportent plus le stress, le bruit, la pollution, cherchent plus d’espace habitable à moindre coût et une meilleure qualité de vie, généralement en adéquation avec leurs convictions écologiques. L’apparition du télétravail offert par le développement du digital est devenu une aubaine pour ces habitants des villes engagés dans un changement de mode de vie. Ainsi, en Auvergne ou dans le Perche, des espaces de coworking se mettent à fleurir.

La mobilité : le grand défi de la néo-ruralité

Mais cette envie de campagne se fait au prix d’une augmentation des déplacements. La raréfaction ou la disparition des services publics ou de proximité dans les campagnes (écoles, transports collectifs…) entraînent un besoin de mobilité accru. D’autant que les métropoles concentrent l’essentiel des innovations dans ce domaine : tramways, vélos en libre-service, parking-relais… Ainsi, selon une étude de l’Autorité de la Qualité des Services dans les Transports (AQST), un trajet en bus ou en train en zone rurale dure cinq fois plus de temps qu’en voiture. Et pour rejoindre une ville située dans un rayon de 50 km, la durée moyenne des déplacements est de 198 minutes pour la France, contre 130 en Espagne ou encore 126 en Allemagne. Le paradoxe est édifiant : de plus en plus de personnes aspirent à un retour à la campagne et à une fixité résidentielle, mais elles ne l’obtiennent qu’au prix de longs et fréquents déplacements, onéreux et énergivores. Le plus grand défi de la néo-ruralité et des pouvoirs publics reste donc celui d’une mobilité rurale plus efficace.

Share this article

There are no comments.

Add a comment

*Mandatory fields