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Le retour en grâce du train ?

Solution de mobilité vertueuse, le train revient à la mode. Alors qu’en France, on envisage de supprimer de nombreuses petites lignes ferroviaires, d’autres pays européens comme l’Autriche et l’Allemagne, poussés par des considérations écologiques, les ont relancées avec succès.

Le transport ferroviaire semble à nouveau sur les bons rails. Selon l’ARAFER, alors qu’il était en perte de vitesse sur les six années précédentes, en 2017, sa fréquentation en France a connu un bond de 6,5%. Faisant ainsi grimper la part modale du ferroviaire dans le trafic intérieur à 10%. Cette augmentation de fréquentation s’explique en grande partie par des aspirations écologiques.

Le « flygskam » favorise l’usage du train

59% des Français se disent ainsi prêts à opter pour le train. Car selon l’ADEME, sur une même distance, l’avion rejette 300 fois plus de C02 que le train. Et ce mode de transport est souvent plus économique. Un billet Paris-Marseille par exemple coûte un peu plus de 100 euros, contre 120 euros en avion pour le même trajet et près de 200 euros pour la voiture. Né en Suède, le mouvement « flygskam » – qui exprime la honte de prendre l’avion pour des raisons écologiques – fait de plus en plus d’émules, notamment dans les pays scandinaves. Une tendance qui profite grandement au train puisque c’est l’option de transport préférée de ces nouveaux militants. En France, afin de limiter le réchauffement climatique, un collectif a lancé un autre mouvement, celui du « Oui au train de nuit », persuadé que le train de nuit représente une « mobilité du futur ». 

Le succès des trains de nuit autrichiens

L’exemple autrichien et sa compagnie nationale ferroviaire ÖBB agit comme une référence dans le domaine. Seule compagnie européenne à proposer une offre variée de 26 lignes de trains de nuit, les Nightjet, desservant les villes de Rome, Venise, Zurich, Hambourg, Berlin, Amsterdam, Prague, Varsovie, Budapest, Zagreb… Un processus démarré en octobre 2016, date à laquelle ÖBB décide de racheter et faire renaître les trains de nuit allemands tombés en désuétude. Aujourd’hui, ses trains sont remplis à plus de 60% au bas mot et les compartiments wagons-lits sont souvent complets plusieurs semaines à l’avance. En 2018, les Nightjet onttransporté plus de 1,4 millions de passagers. Une fréquentation en hausse constante qui a poussé l’entreprise autrichienne à commander 13 nouveaux trains de nuit cette année. Car au-delà de préserver l’environnement et de redécouvrir le voyage, le coût des trajets est lui aussi très attractif. Pour un Berlin-Zurich l’usager ne paie que 29 euros et prolonge son trajet de 3h40 par rapport au TGV, qui coûte en moyenne dix fois plus cher.

La France à contre-courant

Alors qu’il existait plus de soixante lignes de trains de nuit il y a encore quelques années, en 2016, seules deux subsistaient. Même constat pour les petites lignes, jugées trop coûteuses à entretenir et pas assez rentables. Une trentaine d’entre elles ont ainsi été supprimées depuis dix ans. Selon l’ARAFER, entre 1997 et 2017, la longueur du réseau exploité a ainsi diminué de 12%. Le rapport Spinetta sur l’avenir du ferroviaire (2018) estime que le maintien des petites lignes est une particularité française et préconise de les faire peu à peu disparaître.

L’Allemagne relance ses petites lignes

Dans ce contexte, le contre-exemple allemand interpelle. Afin de désenclaver les villages, développer l’activité économique des campagnes et réduire les émissions de CO2 du transport routier, les pouvoirs publics allemands ont décidé depuis plusieurs années de remettre au goût du jour les petites lignes de chemin de fer. Entre 2002 et 2016, l’offre de trains régionaux a augmenté de 33% et le trafic de 50% en 15 ans. Dans la région de Francfort où 80 lignes avaient été abandonnées au début des années 2000, le gouvernement va ainsi investir cent millions d’euros par an jusqu’en 2024 pour réactiver huit lignes. Avec des lignes bien desservies et des coûts de trajet réduits, les habitants des villages renoncent de plus en plus à faire usage de leur voiture.

L’UE, la solution pour sauver les petites gares ?

En Grande Bretagne, le mouvement « Campaign for Better Transports » prône lui aussi une politique publique en faveur de la réouverture de certaines lignes de chemin de fer. Pour préserver les petites gares, la solution pourrait également venir de l’Union européenne. A travers son Fonds Européen de Développement Régional (Feder), elle a ainsi en partie financé la nouvelle gare de Redon (Ile-et-Vilaine), transformée en Pôle d’Echanges Multimodal et qui accueillera 950 000 voyageurs en 2020.

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