Previous Next

Mobilité des seniors : un enjeu national au Japon

mobilite-senior-japon

Ils représentent plus du quart de la population. Au Japon, les plus de 65 ans sont devenus un enjeu de mobilité national. L’occasion pour les autorités publiques de développer des solutions innovantes.

Elle s’appelle Kane Tanaka et c’est une fierté nationale. A 116 ans, cette Japonaise est la doyenne de l’humanité. Et ce n’est pas une exception : plus de 70 000 centenaires vivent au Japon, un record. Et le phénomène n’est pas près de s’arrêter. Selon les prévisions des démographes, en 2060, les seniors représenteront 40% de la population japonaise. Un vieillissement dû notamment à la baisse de la natalité sur l’archipel, et un sacré défi en termes de mobilité : comment permettre aux seniors de se déplacer en toute sécurité ? Aller chez le médecin, faire des courses et même se rendre au bureau car au Japon, 1 retraité sur 3 continue de travailler.

Un autocollant pour identifier les automobilistes seniors

En 2016, face à la multiplication du nombre d’accidents de la route causés par des conducteurs âgés (plus de 53% des cas), l’Etat japonais s’est penché sur la question de la mobilité des seniors. Le premier ministre Shinzo Abe a formé un groupe de travail dédié, qui a préconisé un ensemble de mesures. Première d’entre elles : la pose d’une vignette, en forme de trèfle à quatre feuilles à l’arrière du véhicule, à l’instar du A pour les apprentis conducteurs. Baptisée la Senior Citizen Mark, elle permet d’indiquer que le conducteur est âgé, pour que les autres automobilistes redoublent de vigilance. Une vignette optionnelle à partir de 70 ans. Mais obligatoire pour les plus de 75 ans, sous peine de se voir infliger une amende. Des tests cognitifs sont également généralisés pour les conducteurs de plus de 75 ans et à renouveler tous les trois ans.

Des tarifs réduits et des projets pilotes

Tout est fait pour inciter les personnes âgées à ne plus conduire. A Tokyo, s’ils acceptent de rendre leurs permis, les seniors se voient remettre un diplôme de « super-conducteur ». Un certificat qui leur donne accès à des tarifs de taxi préférentiels, des forfaits de transports en commun spéciaux et même des réductions dans les commerces.

Mais le Japon compte aussi sur l’innovation technologique pour faire changer les comportements. Dans la préfecture de Kanagawa, dans la banlieue de Tokyo, la société Robot Taxi propose aux seniors de se déplacer à bord de taxis autonomes. Ces véhicules sans conducteur permettent d’effectuer des allers-retours domicile-supermarché. Objectif : favoriser la mobilité des seniors tout en la rendant plus sûre. Pour l’instant, ce dispositif est testé par une cinquantaine de passagers, mais pourrait se généraliser dans tout l’archipel l’an prochain.

C’est toutefois dans les zones rurales que les problèmes de mobilité sont les plus forts pour les seniors japonais. Afin de lutter contre l’exclusion sociale et l’immobilisme, dans la région de Nishikata, à 115 km de Tokyo, les personnes âgées ont désormais la possibilité de se rendre au centre médical le plus proche grâce au Robot Shuttle Dena, une navette autonome de 6 places. D’autres arrêts comme la banque et les centres commerciaux devraient prochainement être ajoutés à l’itinéraire de ce bus autonome, pour redonner autonomie et mobilité aux personnes âgées. Un mode de transport que le gouvernement envisage de développer dans d’autres régions rurales.

Vers un permis « spécial seniors »

A l’échelle nationale, les autorités misent surtout sur la voiture électrique : le ministre de l’Industrie a récemment annoncé la mise en place d’une allocation de 800 euros pour tout achat d’un véhicule électrique d’une ou deux places. Son conducteur serait autorisé à emprunter un nombre limité de routes seulement. La police pourrait également instaurer prochainement un permis de conduire « spécial seniors » qui ne leur permettrait de conduire que des véhicules équipés de technologies de freinage d’urgence. Ces mesures pourraient inspirer d’autres pays occidentaux, également concernés par le vieillissement de leur population. Selon L’OMS, en 2050, près de 2 milliards d’habitants de notre planète auront plus de 60 ans.

Share this article

There are no comments.

Add a comment

*Mandatory fields