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Pas d’âge pour le vélo

Et si le secret du bonheur résidait dans les plaisirs simples comme sentir le vent dans ses cheveux ? Les bénévoles de  « A vélo sans âge » y croient dur comme fer. Depuis sept ans, cette association née au Danemark permet aux personnes âgées de respirer l’air frais à l’avant de triporteurs.

L’isolement affectif des personnes âgées

Selon une étude menée par Thierry Gaillarda, médecin chef au Centre d’Évaluation des Troubles Psychiques et du Vieillissement à l’hôpital Saint-Anne à Paris, 40% des résidents des maisons de retraite sont déprimés. Ce trouble pathologique de l’humeur se manifeste par un état de tristesse durable et une perte d’intérêt pour la plupart des activités. C’est l’isolement affectif qui en est le plus souvent à l’origine.

Une solution venue du Nord

En 2012, Ole Kassow, un habitant de Copenhague, se présente à la porte d’une maison de retraite voisine avec un triporteur spécialement loué pour l’occasion. L’adepte du deux roues veut briser l’isolement des personnes à mobilité réduite et propose donc d’emmener en promenade ceux dont les jambes refusent de les porter. Sa première passagère se prénomme Gertrude. La vieille dame rêve de revoir le port d’où les navires partaient autrefois pour le Groenland. Pendant une heure, Gertrude et Ole vivent une expérience de voyage dans le temps. Elle égrénant ses souvenirs tandis qu’il pédale. La nonagénaire revient transformée de cette balade, souriante et joyeuse. Les autres pensionnaires ne tardent pas à réclamer eux aussi leur bol d’air frais. Le personnel soignant n’en croit pas ses yeux, tant les effets sont positifs. L’humeur des résidents s’améliore significativement et leur état de santé aussi. Ole s’empresse de contacter Dorthe Pedersen, consultante pour la ville de Copenhague, et la convainc de l’utilité du projet. Ensemble, ils achètent cinq triporteurs et lancent « Cycling without Age ».  L’initiative se répand rapidement dans tout le Danemark.

Sentir le vent dans ses cheveux

Au Danemark, 62% des habitants de Copenhague choisissent le vélo pour leurs déplacements quotidiens. Là-bas, pédaler est moins une activité sportive qu’une seconde nature. En France, si le vélo comme mode de déplacement a été détrôné par la voiture à partir des années 50, tous les enfants continuent à apprendre à tenir en équilibre sur deux-roues. Ce qui tombe plutôt bien car les stimuli perçus par les personnes âgées lors d’une balade en triporteur réveillent en elles des souvenirs liés à leur vie active ou à leur enfance, explique Vibeke Koushede, chercheuse à l’institut national de santé public au Danemark. Les bienfaits sont immédiats. Certains patients atteints de démence sont devenus plus calmes. Certains ont même recouvré la parole. Car la force de « A vélo sans âge » est de proposer une activité qui crée à la fois des ponts entre les générations et un contact avec la nature.

Un frein au mouvement

Ces vélos triporteurs coûtent dans les 5000€. Au Danemark, ce sont les communes qui se sont équipées et les prêtent aux maisons de retraite. En France, difficile d’imaginer les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), disposer des moyens de s’offrir un de ces bolides. Mais le mécénat d’entreprise est sans doute une piste. D’ailleurs, l’association existe aujourd’hui dans plus de 42 pays, dont la France : A vélo sans âge. Au total, elle regroupe plus de 29 000 bénévoles et possède une flotte de 2200 véhicules, équipés d’une assistance électrique. Depuis le début de l’aventure, plus de 100 000 passagers ont bénéficié de ce service.

Le vélo ne s’oublie pas, dit-on, et il suffit parfois un miracle pour sentir à nouveau un peu de vent dans ses cheveux.

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