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Henri Bava, paysagiste et créateur d’harmonie urbaine

09.01.2020
Henri Bava

De Los Angeles à Shanghaï en passant par Genève ou Casablanca, Henri Bava façonne les paysages. Il puise dans l’histoire de la ville pour recréer une harmonie dans les espaces, en reconnectant quartiers et habitants.

« Jusqu’à mes 7 ans, j’ai vécu dans une orangeraie face à la mer, au Cap Bon, la pointe de la Tunisie. C’est sans doute ce qui m’a donné envie d’exercer ce métier ». A mesure que les souvenirs du paysagiste Henri Bava remontent, la genèse de la passion pour son métier s’éclaire. « Enfant, je pensais que c’était seulement un immense jardin mais mon grand-père m’a expliqué que c’était un espace de production et que chaque élément naturel avait une fonction précise… J’ai compris que cela me plaisait », confesse le Parisien de 62 ans, à la voix enveloppante.

Une référence mondiale

Le virus est inoculé. Il ne le quittera plus. Après une licence de biologie végétale à Paris, il sort diplômé de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles en 1984. Deux ans plus tard, avec deux associés, il fonde dans la capitale française l’Agence Ter, aujourd’hui référence mondiale du paysagisme, qui possède des antennes à Karlsruhe, Los Angeles, Détroit, Shanghaï et Barcelone, et qui compte une cinquantaine de collaborateurs. Personne pourtant n’aurait imaginé une telle réussite. « Quand on a créé l’agence, notre profession n’était ni connue ni reconnue. Il fallait que des amis architectes nous incluent dans leurs projets », rembobine l’ancien président de la Fédération française du Paysage, élu membre de l’Académie des Arts de Berlin en 2006.

Le paysagiste, pierre angulaire du réaménagement urbain

Mais la prise de conscience écologique et l’aspiration au bien-être, aux loisirs et à un retour à plus de nature vont bouleverser ce paysage. « Aujourd’hui sur les projets urbanistiques on parle mobilité, habitat, architecture… et les paysagistes sont souvent demandés en tant que mandataires d’une équipe pluridisciplinaire. Plutôt quune approche urbanistique centrée sur la construction, les villes veulent que le paysage joue le rôle central », développe Henri Bava.

Le paysagiste est en effet au cœur des projets de réaménagement des métropoles qu’il chapeaute désormais de A à Z. « Des confrères m’ont d’ailleurs dit que ça allait être la décennie des paysagistes ! », se réjouit le professeur au département paysage de l’Université d’Harvard.

« La mobilité est devenue mon quotidien »

« Avec le retour de l’importance accordée à leau, le désir de se réapproprier l’espace public en accordant plus de place aux piétons, en créant davantage de pistes cyclables, de promenades… la mobilité est devenue mon quotidien sans que j’en sois un spécialiste » A travers le paysage, Henri Bava cherche à retrouver une logique, donner une cohérence, une harmonie à un ensemble. Sans renier le passé et l’identité d’une ville. « Pour imaginer l’avenir, il faut souvent retourner en arrière et comprendre l’évolution. On s’aperçoit souvent que les villes ont perdu le fil à un moment, qu’il y a des ruptures urbanistiques, que les infrastructures se sont additionnées, empilées, sans logique, sans cap. Pourquoi cette voie a-t-elle été implantée à cet endroit ? Pourquoi celle-ci, censée rapprocher les gens, les a finalement divisés ? Notre plus grand défi c’est de retrouver une logique naturelle, une continuité pour retrouver une identité », détaille le fondateur de l’agence lauréate du Grand Prix de l’Urbanisme en 2018.

Fédérer les espaces

A Barcelone, par exemple, l’Agence Ter est en train de réaménager la Plaça de les Glories Catalanes. Le viaduc autoroutier qui la traversait a été enterré et à la place se construit une canopée, sorte de « parc-place » écologique. « La partie déjà réalisée attire la population. Les gens qui habitaient dans les quartiers autour de cet échangeur ont, au lieu d’un espace qui les séparait, un espace qui les réunit et les fédère. Sans pour autant condamner le trafic routier », observe Henri Bava. Même enjeu de mobilité pour le Ring, le périphérique d’Anvers. La population a exigé de ses élus qu’ils le recouvrent. Avec les Anversois, Henri Bava s’attache à définir les espaces qui doivent le traverser -parcs, ponts cyclistes- pour qu’il ne soit plus une barrière entre le cœur de la ville et sa périphérie.

« La ville idéale, c’est dangereux »

Avec des dizaines de projets à travers le monde, le paysagiste façonne avec le même enthousiasme les villes de demain. Sans pour autant rêver la ville idéale. « Je suis l’antithèse de ça et je trouve ça même dangereux. Je préfère comprendre le passé et l’évolution, m’adapter au lieu, à son histoire et ses caractéristiques propres pour le redévelopper au mieux. Les cartes historiques et même les cartes postales peuvent par exemple nous inspirer. Le paysagiste est dans le temps long. »

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