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Khadija Jallouli rêve de voitures électriques en kit pour les personnes à mobilité réduite

06.03.2020

En fauteuil roulant depuis l’âge de 10 ans, Khadija Jallouli a fondé HawKar en 2016. Son ambition ? proposer des voitures électriques aménagées pour les personnes handicapées à fabriquer soi-même.

Dans sa jeunesse, Khadija Jallouli a sillonné sa Tunisie natale aux côtés de son père directeur d’hôtels. Mais le quotidien n’a pas été simple pour cette jeune femme qui se déplace en fauteuil roulant depuis l’âge de 10 ans. Aujourd’hui elle aspire à plus de liberté et d’autonomie. Un vaste chantier dans un monde où les infrastructures et les transports en commun sont très peu adaptés aux personnes à mobilité réduite. « J’ai toujours eu des difficultés à me déplacer. Il a toujours fallu qu’une personne m’accompagne, que ce soit mes parents ou les taxis… Après mes études, j’ai ressenti encore davantage cette dépendance, explique de sa voix posée la jeune femme de 28 ans. C’était pesant pour moi de devoir en permanence me reposer sur quelqu’un. »

Propager la liberté et l’autonomie des handicapés

En 2015, à la fin de ses études, Khadija se met en quête d’un véhicule adapté pour personnes en fauteuil roulant. Mais les prix exorbitants ou les difficultés pour l’importer la font renoncer. Un ami lui soumet alors l’idée de créer son propre véhicule. Sans hésiter, la jeune femme décide de relever le défi pourtant à contre-courant de son Bac+3 en industrie et procédés alimentaires. Elle commence par chercher un ingénieur capable de fabriquer sa voiture électrique et tombe sur la personne idoine : Seiffedine Aïssa. Ingénieur en mécatronique et passionné par le secteur de l’automobile, il préside un club d’amateurs de véhicules électriques et occupe une grande partie de son temps libre à concevoir des prototypes. Il devient son associé et début 2016 ils fondent la start-up HawKar. Un jeu de mot qui sonne comme une évidence pour Khadija, qui en plus de l’arabe, parle aussi le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol : « Hawk signifie le faucon en anglais. Il est libre, autonome, peut aller partout. Et le verbe « to hawk » veut dire propager, c’est exactement ce que l’on veut ! Rendre la mobilité accessible à tous et améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap. »

Véhicule adapté à tous les handicaps physiques

Soutenue financièrement et techniquement depuis 2017 par le groupe ACTIA, HawKar veut se démarquer de la concurrence en fabriquant sa voiture uniquement autour du fauteuil roulant et non l’inverse. Le conducteur accède ainsi au poste de conduite en entrant avec son fauteuil directement par le coffre. Le boitier de commande accélérateur-frein est manuel et peut se positionner à gauche ou à droite en fonction du handicap de la personne. Pour faciliter et aider à la conduite, la voiture est équipée d’une tablette amovible avec système GPS, d’une caméra de recul et de nombreux capteurs extérieurs. « Notre véhicule va être adapté à tous types de handicaps, précise Khadija Jallouli. Les paraplégiques et les hémiplégiques pourront l’utiliser. Et à l’avenir, on aimerait qu’il le soit aussi pour les tétraplégiques. L’idée c’est de rendre complètement autonome la personne en fauteuil. »

Compacte et électrique pour faciliter la vie de l’utilisateur

Le côté pratique est donc au cœur de la voiture conçue par HawKar, aux allures de Smart. Car pour faciliter le stationnement, le choix s’est porté sur un véhicule compact. L’utilisateur peut ainsi se garer perpendiculairement à la chaussée pour pouvoir se retrouver directement sur le trottoir à la sortie du véhicule.

Autre parti-pris : celui de l’énergie électrique. Ce choix n’est pas né uniquement d’une préoccupation écologique. «Ça simplifie la vie du conducteur qui aurait beaucoup de difficultés à faire le plein d’essence seul ou assurer l’entretien du véhicule… Là il lui suffit de charger la voiture, détaille la co-fondatrice d’HawKar.» Le véhicule disposera même d’un châssis prêt à assembler, « comme une voiture IKEA ». Le montage pourra être réalisé soi-même ou confié à un réseau de concessionnaires.

Si le nom de sa voiture adaptée n’a « pas encore été décidé », le produit bêta roule et a déjà été testé. Et Khadija Jallouli espère pouvoir la commercialiser d’ici 2022, pour un montant inférieur à 10 000 euros. Avec comme ambition d’ « inonder le marché africain et le Moyen-Orient, les seules régions à ne pas encore fabriquer de véhicules adaptés pour les personnes en fauteuil roulant. » En attendant la jeune entrepreneuse tunisienne rêve de son projet même quand elle dort.

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