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Saad Jittou, l’activiste de la mobilité africaine

07.02.2020
Saad-Jittou-Weego

Saad Jittou a fait des problèmes de mobilité en Afrique son cheval de bataille. Grâce à son application Weego, disponible à Dakar et dans six villes marocaines, le jeune entrepreneur entend réduire les délais d’attente et désenclaver les zones désertées par les transports en commun.

La réussite professionnelle de Saad Jittou et le succès de son entreprise Weego sont nées de ses deux passions : le café et les magazines. En mars 2017, après avoir revendu à la mairie de Marrakech ses parts de Pikala Bikes, première société à commercialiser des vélos en libre-service au Maroc, le startuppeur décide de partir en vacances à Dakar. Dans la capitale sénégalaise, Saad Jittou prend l’habitude d’aller chaque jour boire des cafés dans le même bistrot. C’est là, en lisant un magazine gratuit de la ville qu’il tombe sur un article présentant quatre jeunes ingénieurs dakarois qui veulent révolutionner la mobilité à Dakar. « Dans ma tête, ça a fait tilt. Je me suis dit : c’est exactement ce que je cherche.Comme quoi, lire des magazines ça peut changer ta vie », se remémore, hilare, le jeune marocain de 25 ans.

Weego, pour améliorer la mobilité de masse

Une semaine seulement après le début de ses vacances, Saad Jittou replonge et se lance dans la création de Weego, avec les quatre étudiants de l’Ecole Polytechnique de Dakar, dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 23 ans. Leur constat : « dans la capitale sénégalaise, le temps d’attente pour prendre un bus oscille entre 40 et 50 minutes et certaines zones ne sont pas desservies par les transports en commun ». Fort de sa première expérience avec les vélos en libre-service, le natif de Casablanca apporte ses compétences et son réseau dans la mobilité, mais aussi ses connaissances du commerce grâce à sa formation et son diplôme de l’ENCG de Marrakech. Inspiré du modèle de Waze qui puise la data de ses utilisateurs, la plateforme collaborative Weego est lancée en août 2017. Une fois la barre des 10 000 utilisateurs atteinte, Saad Jittou décide en avril 2018 de rentrer à Casablanca pour développer l’application au Maroc.

Avec Weego, plus de délais d’attente

Aujourd’hui, Weego compte 15 000 utilisateurs à Dakar et 20 000 dans les six villes marocaines (Casablanca, Marrakech, Rabat, Tanger, Agadir et Khouribga) où elle est implantée. En calculant le trafic en temps réel et les horaires et fréquences de passage des bus et trains à Dakar, plus les tramways au Maroc, l’application permet à ses utilisateurs de réduire drastiquement leur temps d’attente. Grâce aux notifications reçues, les utilisateurs peuvent sortir de chez eux au moment opportun pour prendre leur transport et éviter les pertes de temps. Et avec l’achat de tickets directement depuis l’application, zapper les files d’attente interminables. « Les délais d’attente, c’est le gros problème de la mobilité en Afrique. Si vous ratez un bus, ce qui est très fréquent, notamment à cause des queues pour acheter votre ticket, vous pouvez perdre 2 à 3 heures à attendre le suivant parce que la flotte n’est pas assez importante pour absorber toute la demande ».

Des bus privés à la demande

Weego permet également aux usagers d’optimiser leurs trajets en calculant le meilleur itinéraire multimodal. Au Maroc, pour palier le problème du dernier kilomètre, elle indique également l’emplacement et la disponibilité des taxis. Mieux, en détectant les zones enclavées, peu ou pas desservies par les transports en commun, elle se substitue aux collectivités publiques en mettant à disposition des usagers son propre service de bus privés. Dans les zones à forte affluence Weego a même installé des navettes quotidiennes. Dans celles désertées par les transports publics, trois trajets au moins par semaine. D’une capacité de 17 places, les bus effectuent un parcours à la demande, établi en fonction des lieux sollicités par les utilisateurs pour un coût d’1€ contre 50 centimes pour un bus public. Un prix trois à quatre fois moins cher qu’une course de taxi. Il suffit aux utilisateurs de commander leur place la veille sur la plateforme. « Les gens sont prêts à payer plus pour réduire leur temps d’attente et de trajet. Même les entreprises marocaines sollicitent désormais nos bus pour effectuer le ramassage de leurs employés, ajoute Saad Jittou. Car notre service est bien meilleur et plus efficace que le transport public. »

« Eradiquer les problèmes de mobilité de masse en Afrique »

Et le startuppeur va plus loin : « Les villes africaines ne veulent pas investir dans la mobilité car c’est un secteur peu rentable. Du coup, la qualité des services de transport en Afrique régresse. » Celui qui s’est « pris de passion pour la mobilité » et « rêved’éradiquer les problèmes de transport de masse des Africains », veut désormais développer Weego dans les pays francophones subsahariens : Gabon, Mali, Côte-d’Ivoire, Niger, Mauritanie… A seulement 25 ans, Saad Jittou a l’ambition de ceux qui veulent changer le monde.

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