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Yves Benchimol ou la meilleure façon de marcher

13.12.2019
Yves Benchimol

Qui n’a jamais rêvé de gagner de l’argent en marchant ? Avec son application WeWard, l’entrepreneur niçois veut inciter le grand public à marcher en rémunérant ses utilisateurs. Objectifs : agir sur la santé et redynamiser les centres-villes.

Visage juvénile, regard vif, débit de parole rapide, à 28 ans, Yves Benchimol est pressé. Mû par l’envie d’entreprendre. Et son parcours est à l’image de cette ambition : Prépa maths sup/maths spé dans sa ville natale de Nice, Polytechnique à Paris, puis en 2012, décollage pour New-York et un stage dans l’aviation chez Dassault. Il sillonne ensuite les start-up de la Silicon Valley, avant de replonger dans les études et d’intégrer, en 2014, un Master entrepreunariat et innovation dans la prestigieuse université californienne de Berkeley. Yves Benchimol apprend, observe, emmagasine et, un an plus tard, rentre à Paris et crée sa première entreprise à 24 ans. « J’ai toujours eu cette fibre-là. Ça m’a toujours séduit de partir de rien et de sortir un produit. Dès que j’ai arrêté ma première boîte, j’ai tout de suite voulu en créer une autre. »

Lutter contre la sédentarité et dynamiser les centres-villes

L’échec de sa première entreprise a tout sauf mis KO ce féru de sports de combat. En avril 2019, avec ses trois associés, il lance une application qui promeut la marche à pied : WeWard. Le principe : inciter à la mobilité piétonne pour redynamiser les centres-villes et accroître la fréquentation de ses commerces. « On a constaté que le trafic piétonnier diminuait fortement en centre-ville, la population préfère désormais faire ses achats en ligne. Dans le même temps, la sédentarisation augmente entraînant des problèmes de santé », expose l’ingénieur.

Avec WeWard et son système de géolocalisation, chacun de vos pas est calculé et vous fait gagner des wards, qui peuvent ensuite être convertis en euros, échangés contre des produits ou donner accès à un florilège de cadeaux : cartes-cadeaux, places de spectacle, bons pour des spas, abonnement à une salle de sports, réduction sur l’addition au restaurant… Et plus vous vous rendez dans des lieux culturels (monuments, places…) ou chez des commerçants référencés par l’application, plus vous gagnez de wards. « C’est un bonus, on offre des kilomètres gagnés car notre métier c’est de générer du trafic vers les lieux et commerces qui sont nos partenaires et nous rémunèrent », explique Yves Benchimol. Inspiré de Waze, ces partenaires, « axés sur le bien-être », sont identifiés par des points sur la carte GPS de l’application et s’acquittent d’un abonnement pour figurer sur cette carte ou payent le service en fonction du nombre de visiteurs engrangés.

La « gamification » au service de la mobilité

Si le concept de marcher pour gagner de l’argent a de quoi séduire, certains utilisateurs estiment qu’il est plus avantageux pour les commerçants et qu’il ne faut pas compter ses pas pour obtenir des wards. « Les gens ne vont pas payer leur loyer ou devenir riche grâce à WeWard, l’application est avant tout ludique. L’objectif est d’inciter à marcher davantage grâce à un petit gain monétaire symbolique ou des cadeaux » explique le fondateur. « Les utilisateurs qui jouent vraiment le jeu arrivent à gagner 35 euros en trois mois ou à s’offrir une place de concert qui leur aurait coûté 60 euros. Mais plus on aura de partenaires, plus on pourra les rémunérer donc ça a vocation à changer. » Des partenaires souvent dénichés grâce aux recommandations des utilisateurs – dont la majorité sont des citadins de 18 à 35 ans rodés au digital – qui permettent à l’application de s’améliorer en continu. Avec 150 000 utilisateurs très réguliers, WeWard est en pleine croissance et s’est donné pour objectif « d’avoir des partenaires dans chaque ville, chaque quartier sur tout le territoire français en 2020 ». Mais aussi de « mettre en place des challenges personnalisés en fonction du type de marcheur que vous êtes pour augmenter votre temps de marche. » Ce concept d’incitation douce n’est pas s’en rappeler le principe du nudge. Il suscite d’ailleurs déjà l’intérêt des politiques et organismes de mobilité et de santé car les données collectées par l’application permettent d’analyser les flux de déplacement de la population et ses habitudes. Et l’appât de la récompense représente un levier indéniable pour favoriser la mobilité. « Quand on augmente les bénéfices monétaires sur l’application, on constate que le temps de marche augmente », assure le jeune homme.  A l’heure de la prise de conscience écologique, de la réappropriation de l’espace public par les usagers et de la forte concurrence du e-commerce, WeWard a en effet tout pour charmer utilisateurs et commerçants. Et permettre à Yves Benchimol et son application de conquérir le monde. En marchant.


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